Cyberbougnat

Le feuilleton de la composition de la Ligue 2 2014-2015

Publié par Bertrand le vendredi 4 juillet 2014 à 09h22min, mis a jour le vendredi 19 septembre 2014 à 17h41min - 5516 lectures

La situation financière de certains clubs a suscité pas mal de difficultés pour établir la liste des équipes de Ligue 2. Si les choses se sont bien terminées pour Lens, Luzenac a annoncé la fin de son aventure.

Quelle sera la composition du prochain championnat de Ligue 2 ? Même après le début du championnat la réponse n’est pas certaine. La situation financière de plusieurs clubs a fait peser de nombreuses incertitudes sur la composition du championnat de Ligue 2 2014-2015 avec pas moins d’un quart des équipes concernées. Fin juin et début juillet, la DNCG a ainsi statué sur le cas de plusieurs clubs et examiné plusieurs appels. Mais ce sont surtout les cas de Luzenac et Lens qui sont devenus de véritables feuilletons.

 Leur cas s’est réglé rapidement

Comme souvent, les promus ont du mal à satisfaire à toutes les exigences. Orléans , champion de National avait ainsi d’abord été interdit de montée en Ligue 2 par la DNCG. Finalement la commission d’appel a été convaincu par le nouveau projet présenté par l’USO.

Nîmes de son côté avait été rétrogradé administrativement par la DNCG. Le Nîmes Olympique a finalement été autorisé à jouer en Ligue 2 la saison prochaine avec un encadrement de sa masse salariale. Son budget sera tout de même de 9 millions d’euros.

Le cas de Valenciennes fut en revanche un peu plus rocambolesque. Le 19ème de Ligue 1 de la saison dernière ne devait pas passer par la case Ligue 2 mais plonger directement en CFA après avoir été placé en redressement judiciaire. Le VAFC qui accuse un déficit de près de 8 millions d’euros était ainsi en cessation de paiement depuis le 10 juin 2014. Déjà relégué à titre conservatoire par la DNCG en janvier, le club voyait alors le sursis tomber. Ainsi, à la relégation sportive s’ajoutait donc une relégation administrative, la perte du statut professionnel et du centre de formation. Sale coup pour la ville et son stade tout beau.

Mais Valenciennes s’est battu et a fait appel à Luc Dayan pour trouver 3,2 millions d’euros en cash pour sortir du redressement judiciaire et obtenir des abandons de créance. Le but était alors d’obtenir la continuation d’activité par le tribunal et convaincre la DNCG pour être réintégré en National au minimum. La mission sauvetage a réussi puisque la DNCG à réintégré Valenciennes en Ligue 2 le vendredi 11 juillet.

Comme souvent à Valenciennes depuis quelques décennies, le sauveur s’appelle Jean-Louis Borloo. L’ancien ministre, maire de Valenciennes mais aussi ancien président du club est ainsi sorti de sa retraite politique provoquée par sa santé fragile et a même injecté 500.000 euros sur sa fortune personnelle. De nouveau président du VAFC, il a ensuite rapidement confié l’équipe à Bernard Casoni qui a pris ses fonctions le lundi 21 juillet. L’ancien international avait dirigé Evian Thonon Gaillard avec succès à ce niveau : Champion de National en 2010 puis Champion de Ligue 2 en 2011. Valenciennes espère une pareille réussite pour rapidement retrouver la Ligue 1.

Châteauroux repêché

Comme le malheur des uns fait le bonheur des autres, les difficultés à composer cette Ligue 2 a permis à Châteauroux d’être repêché. Après avoir terminé 18ème de Ligue 2, la Berrichonne était sportivement reléguée en National à la fin de la saison dernière.

Mais la sanction frappant Luzenac lui a offert une nouvelle chance. Le conseil d’administration de la Ligue professionnelle de football a en effet confirmé le jeudi 10 juillet, le repêchage de Châteauroux en Ligue 2. Une annonce qui faisait suite à la décision de la commission supérieure d’appel de la DNCG de ne pas autoriser l’accession de Luzenac, deuxième de National.

Il est frappant de constater que le sort de Châteauroux aura été réglé beaucoup plus tôt que celui de Luzenac. Pascal Gastien, nouvel entraîneur de Châteauroux après avoir conduit Niort, s’attendait toutefois à une saison difficile :« C’est difficile de travailler comme cela dans l’urgence mais ce serait de très mauvais goût de se plaindre de cette situation… Aujourd’hui, on ne pavoise pas. Nous sommes contents d’être en L2 mais on connaît la charge de travail qu’il nous reste à accomplir.
 » Le début de saison de son équipe lui a donné raison : une défaite à domicile contre Troyes 1-0 et une lourde défaite à Créteil (3-0).

En revanche Istres n’a pas vraiment eu le temps de rêver. Les décisions combinées concernant Valenciennes et Luzenac ont un temps sauvé de la relégation en National les provençaux qui ont terminé 19ème de Ligue 2. Dans cette configuration, seul le CA Bastia, 20ème du championnat, aurait été relégué de Ligue 2 puisque Châteauroux est aussi sauvé. Mais en se sauvant, Valenciennes a repoussé Istres en National.

 Lens jouera bien en Ligue 1

Ces cas étant réglé, le feuilleton Lensois allait tenir la France du football et surtout les supporters nordistes bien plus en haleine. Il s’est terminé de belle manière pour Lens même si rien ne dit qu’il est totalement terminé.

Comme l’an dernier le club nordiste n’a pas fourni à la DNCG les documents nécessaires pour que son budget soit validé par la DNCG. L’argent de son actionnaire azéri n’était pas sur les comptes du club à la fin du mois de juin. Il manquait ainsi tout de même 10 millions d’euros sur les 45 millions annoncés au budget prévisionnel.

Un retard que Gervais Martel avait attribué à un jour férié en Azerbaïdjan et à la fermeture des banques qui a retardé le virement. En attendant la DNCG a interdit de montée le RCL qui a fait appel. La décision devait être rendue le 9 juillet et en attendant, son entraîneur Antoine Kombouaré avait séché la reprise. Gervais Martel a lui fait le voyage en Azerbaïdjan pour s’assurer que les fonds arriveront bien.

Mais le mardi 15 juillet, le RC Lens n’avait toujours pas les fonds pour son nouveau passage devant la DNCG. Dans ces conditions et sans surprise, la DNCG a confirmé sa première décision et interdit Lens de monter en Ligue 1. Le club va faire appel devant le CNOSF comme il l’explique dans un communiqué officiel :

La Commission d’appel de la DNCG de la Fédération Française de Football a reçu, ce jour, le Racing club de Lens. Malgré les garanties données à hauteur de dix-huit millions d’euros par la Banque d’Azerbaïdjan, la DNCG d’appel a réclamé les dix millions d’euros « cash » tel qu’il était demandé lors de la première audition. Ces fonds n’étant pas encore arrivés sur nos comptes, la Commission d’appel de la DNCG a confirmé la décision de la première instance. Comme prévu par les règlements, le RC Lens fera appel auprès du CNOSF qui devrait recevoir le club dans les prochains jours.

Mais la situation dirigeante de Lens est compliquée. Gervais Martel, président historique du club qui était allé chercher le riche actionnaire azéri, a passé une partie de son temps soit à faire croire que l’argent allait arriver soit à défendre ce qui était difficilement défendable, surtout quand on a dirigé comme lui un club pro depuis 30 ans. Fallait-il ainsi réellement croire Gervais Martel quand il expliquait que l’actionnaire avait été « vexé » par les demandes de garanties de la DNCG et ne ferait pas le chèque ?

Le chèque ne venant pas, Lens a donc préparé un budget à la baisse comme l’expliquait le président du club sur France 2 un dimanche de juillet :

« On a modifié notre budget en tenant compte de ces dix millions qui ne sont pas arrivés mais rassurez-vous, on ramène quand même quelques millions dans notre besace quand on sera entendu et puis on va baisser un peu les charges du club. »

Les dirigeants lensois ont été reçus près de deux heures et demie au CNOSF le mercredi 23 juillet après-midi. La décision a finalement été rendue le vendredi 25 juillet et annoncée par le club : « Le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) a rendu, ce vendredi soir, un avis favorable à l’accession du Racing club de Lens en Ligue 1. »

Lens n’était toutefois pas encore totalement assuré d’évoluer en L1 car l’avis du CNOSF n’est que consultatif. C’est le comité exécutif de la Fédération française de football (FFF) qui devait décider de la réintégration, ou non, du club dans l’élite. Mais il était claire que la FFF allait suivre l’avis du CNOSF sur la base du budget ce qui allait permettre de connaitre aussi les conditions de cette accession et la définition des modalités d’encadrement évoquées.

Toutefois la question du véritable budget du club restait en suspend. Passé de 48 millions à 38 millions il est finalement descendu à 36 millions d’euros devant le CNOSF. On se disait alors que ce flou artistique sur le budget pouvait une fois de plus bloqué la montée. Gervais Martel a donc repris le chemin des médias pour expliquer ce qu’il en était.

Sur le site du club il annonce alors un budget de dépenses de 46 millions : « Je veux bien vous répondre mais il faut pouvoir s’y retrouver : soit on parle d’un budget de dépenses, soit on parle d’un budget de recettes. Aujourd’hui, la DNCG ne veut plus que l’on parle de budget incluant des ventes de joueurs. C’est donc compliqué. Je peux simplement vous dire que notre budget de dépenses sera de 46 millions d’euros. »

On était alors en droit de se demander comment la Ligue ou la fédération pouvaient laisser passer un tel budget manifestement déficitaire dans sa construction si les recettes ne sont que de 36 millions d’euros.

Finalement la Fédération française de football a confirmé le lundi 28 juillet que Lens pourra bien évoluer en Ligue 1 cette saison. En contrepartie, le club sera soumis à une limitation de sa masse salariale du club et/ou un recrutement contrôlé.

Dans un communiqué la FFF indique que « le Comité Exécutif demande dès lors à l’organe compétent, la DNCG professionnelle, de se réunir dans les meilleurs délais afin de déterminer les mesures appropriées à la participation du RC Lens à la Ligue 1. » Lens a alors gagné la partie et a bien pris le départ de la Ligue 1 début août.

Sochaux philosophe puis en colère

Pendant que Lens se démenait, du côté de Sochaux on a gardé un oeil sur ce qui se passait dans le club artésien d’abord philosophiquement puis un peu moins au fil des semaines de « peur d’être le dindon de la farce. »

Relégué en Ligue 2 lors de la dernière journée, le 18ème de Ligue 1 pouvait finalement rester dans l’élite si Lens n’arrivait pas à boucler son budget. Début Juillet, Olivier Echouafni, le nouveau coach des Lionceaux, ne croyait toutefois pas à une réintégration en Ligue 1 : « Je coupe court à tout ça. Dans le foot, tout peut aller vite. Mais on est en L2 et Lens est en L1. »

C’est d’ailleurs un budget serré de Ligue 2 qui avait été présenté et validé sans aucune réserve par la DNCG. Le club s’est aussi séparé à l’amiable de plusieurs joueurs pour alléger sa masse salariale. A la date du 23 juillet, le FC Sochaux était toujours en Ligue 2 mais le club commençait à s’impatienter.

Ainsi Olivier Échouafni avait perdu son calme « Y’en a marre de tout ça, car au bout du compte, nous serons les dindons de la farce. C’est lassant, fatigant. On reprend le championnat dans une semaine et on ne sait encore rien aujourd’hui. C’est ubuesque ! » Et d’ajouter « nous sommes à une semaine de la reprise en Ligue 2, nous n’avons pas pu recruter les joueurs d’expérience que nous voulions. »

Une situation que déplorait alors aussi le président du club Laurent Pernet dans les colonnes du Parisien : « On est en plein flou. Ce n’est pas normal que, à six jours de notre possible reprise, on ne sache pas à quel échelon on va jouer. Dans moins d’une semaine, nous recevons Orléans. Mais nous n’avons pas ouvert la billetterie puisque nous ne savons pas si ce match aura bien lieu. »

N’étant plus vraiment certain des savoir dans quelle division il va jouer, le président de Sochaux avait bloqué son recrutement 15 jours avant la reprise de la Ligue 2 tout en indiquant que le club est structurellement prêt à jouer en Ligue 1 : « Nous nous sommes également préparés pour recruter et faire une équipe de Ligue 1 qui tienne la route. Jusqu’ici, nous, nous avons toujours eu le quitus de la DNCG. Nous sommes prêts ! »

Finalement c’est bien en Ligue 2 que jouera Sochaux. Compte tenu des événements, les dirigeants ont toutefois demandé un report du premier match, programmé le vendredi 2 août, mais cela lui a été refusé. Sochaux a ainsi perdu so premier match de la saison à domicile contre Orléans (0-1) qui avait finalement passé un été plus calme malgré sa frayeur avec la DNCG.

Sochaux demande sa réintrégration en Ligue 1

Toutefois, si Lens a bien été réintégré en Ligue 1 la situation du club est restée suffisamment floue pour que la DNCG décide le mardi 5 août d’interdire de recrutement le club. Cette décision sera maintenue tant qu’Hafiz Mammadov, l’actionnaire majoritaire du club nordiste, n’aura pas versé les 4 millions d’euros promis pour valider l’accession.

Ce nouveau rebondissement a cette fois-ci vraiment agacé Sochaux qui demande alors le mercredi 6 août sa réintrégration la Ligue 1 estimant que le principe d’équité n’a pas été respecté.

Le communiqué :

Le FC Sochaux-Montbéliard fait suite à l’information publiée dans la presse ce 6 août, précisant l’absence du virement de 4M€ sur le compte du RC Lens et l’interdiction en découlant de recruter cette saison. Depuis le début de "l’affaire RC Lens", le FCSM n’a jamais contesté le droit à l’accession du RC Lens en Ligue 1 sur le plan sportif. Ce point a été souligné plusieurs fois sans ambiguïté.

Le club a par contre également précisé, qu’à la suite de la décision du 25 juillet de la FFF de réintégrer le RC Lens en Ligue 1, qu’il resterait vigilant sur le respect du principe d’équité de traitement des clubs par les instances du football français. Nous rappelons aujourd’hui que les missions et devoirs de la FFF sont d’assurer la pérennité des clubs sportifs pour garantir l’équité sportive et contribuer à la régulation économique des compétitions, et ce notamment à travers l’action de la DNCG.

Ce principe d’équité a-t-il été respecté ?

Oui, clairement pour le FCSM, qui a dû présenter son budget mi-juin auprès de la DNCG et apporter toutes les garanties financières nécessaires, et ce avec l’appui de son actionnaire : l’ensemble du budget a été validé en quelques jours, sans réserve aucune de la part de la DNCG.

Ce principe d’équité a-t-il été respecté pour le RC Lens ?

Rappelons les résultats des différentes procédures engagées par le club ces dernières semaines :

  • Lors de l’examen par la DNCG tant en première instance qu’en appel, les comptes du club pour la saison à venir n’ont pas été validés – l’accession du RC Lens n’a donc pas été autorisée en Ligue 1.
  • Le RC Lens a alors saisi le conciliateur du CNOSF. Ce dernier a rendu une décision favorable à l’accession du club en Ligue 1, en prenant en considération l’existence d’un virement de 4 M€, et au vu du justificatif de ce dernier du 25 juillet au moyen d’un virement SWIFT par la Bank of Azerbaijan.
  • Le Comité Exécutif de la FFF, a décidé d’accepter l’avis du CNOSF le 28 juillet, et a donc confirmé l’accession du RC Lens – sous les conditions "de limitation de la masse salariale du club et/ou de recrutement contrôlé".
  • La DNCG réunie le 5 août a dû pour sa part à nouveau constater l’absence du virement de 4M€, alors que c’était la condition essentielle qui a motivé l’avis favorable du conciliateur. La Commission interdit en conséquence tout recrutement au club.
  • Dans ces conditions, et du fait de l’absence prouvée du virement promis par l’actionnaire, il parait ainsi clairement que l’avis favorable donné par le conciliateur et la décision subséquente de la FFF doivent être considérés comme caducs : la condition unique (la réalité du virement de 4M€) qui a prévalu à l’avis favorable à l’accession du RC Lens en Ligue 1 n’est pas remplie à ce jour.
    Nous considérons qu’en l’espèce le principe fondamental d’équité n’a pas été respecté. Cette interminable procédure et ces décisions occasionnent un grave préjudice pour le FCSM, dans la mesure où l’équité et les règles de régulation économiques ont été flouées.

Le FC Sochaux-Montbéliard n’entend pas subir de façon passive les conséquences de cette décision et demande à la FFF et à la LFP de réexaminer de toute urgence l’intégralité de ce dossier afin que les règles fondamentales soient respectées.

En conséquence, nous demandons la réintégration du FCSM en Ligue 1.

Istres a aussi publié un communiqué le 8 août a affiché sa solidarité avec Sochaux qui devrait jouer en Ligue 1. Le club provençal en profitait pour rappeler que les règlements envoyaient Valenciennes en National, ce qui aurait sauvé sa place en Ligue 2. Communiqué du club :

La Direction de FCIOP exprime sa solidarité avec la position affichée par le FC SOCHAUX et soutient sa demande de réintégration en Ligue 1.

FCIOP rappelle que si l’article 103 du règlement de la FFF avait été appliqué à la lettre, Valenciennes FC aurait dû, malgré le sauvetage financier, reprendre la compétition en National et non en Ligue 2 car le Club faisait l’objet d’une procédure collective à la date du 30/6/2014 et par voie de conséquence FCIOP repêché en Ligue 2.

Dans le même ordre d’idée si le dossier du RC LENS avait été examiné avec la même rigueur que celle appliquée à tous les autres clubs, sa situation financière actuelle le priverait également de Ligue 2, le Club n’étant pas certain d’avoir suffisamment de ressources financières pour terminer la saison en cours

Toutefois, les requêtes de Sochaux et Istres ont bien peu de chances d’aboutir sur quoi que ce soit.

 Luzenac fait tout pour jouer en Ligue 2

Le feuilleton Luzenac est finalement le plus prometteur. Vice-champion de National, le village ariégeois de 650 habitants était la belle histoire du printemps en étant le plus petit club a avoir jamais accédé à la Ligue 2. Mais la DNCG a refusé la montée au club et l’a confirmé en appel pour des problèmes financiers. La situation économique et politique autour du club semble compliquée ou n’a en tout cas pas convaincu.

Le club a ensuite fait un recours devant le CNOSF, dernière instance sportive à pouvoir se prononcer. Le club s’est présenté devant le Comité National Olympique et Sportif Français le vendredi 18 juillet accompagné du Président du Sénat en la personne de Jean Pierre Bel, grand défenseur du territoire ariégeois, et Frédérique Massat Députée ariégeoise. Des appuis politiques qui n’ont pas convaincu le CNOSF. Ce dernier a rendu sa décision le lundi 21 juillet et a suivi la décision de la DNCG en refusant de réintégrer Luzenac en Ligue 2.

Après cette décision, le club s’est dit stupéfait et choqué dans un communiqué publié sur son site officiel :

« Suite au rapport défavorable rendu hier soir par le CNOSF confirmant la décision de la commission d’appel de la DNCG, de la FFF du 2 juillet 2014, le club et ses dirigeants ont été stupéfaits et choqués compte tenu des propos favorables de la commission émis lors de notre audition. Le club a réuni ce jour ses avocats afin d’analyser le rapport de 13 pages du conciliateur du CNOSF pour prendre les décisions qui s’imposeront dans les 24 heures. Contrairement à ce qui est communiqué par la FFF et relayé par tous les médias, le club n’a aucun déficit et présente des comptes équilibrés avec des fonds propres validés par le commissaire aux comptes. Il répond à tous les critères règlementaires imposés par la LFP. »

Directeur général du club, Fabien Barthez n’a pas mâché ses mots concernant cette décision :

« A cette heure-ci, il est trop tôt pour dire si nous irons ou pas devant le tribunal administratif. Mais l’heure est grave, il ne faut pas le cacher. Cela peut faire 40 personnes au chômage. Leur principal reproche aux instances, c’est de nous dire que nous avons tardé à mettre nos comptes à jour. Oui, en effet, nous avons eu un retard de quinze jours ! Mais est-ce pour cela qu’on nous condamne ou parce qu’on dérange ? »

Luzenac a annoncé qu’il ne redémarrera la saison qu’en Ligue 2 et a donc déposé son dossier devant le tribunal administratif de Toulouse le vendredi 25 juillet. Les avocats du club devaient le faire jeudi matin mais ils ont pris le temps de finaliser un dossier lourd de 300 pages qui ne demande aucune approximation comme l’explique Jérôme Ducros, le président du LAP : «  On n’a pas le droit à la moindre erreur. On doit présenter un document hyper-complet. On n’aura aucune possibilité de rajouter des pièces ou des précisions. »

Ce retard ne change rien au délais d’audition par le tribunal. Le dossier devrait être examiné mercredi 30 juillet à 10h, soit deux jours avant la reprise du championnat.

Le tribunal donne raison à Luzenac

Le tribunal administratif a rendu son jugement le vendredi 1er août vers midi, soit quelques heures à peine avant le coup d’envoi de la Ligue 2. Luzenac a obtenu du juge une nouvelle chance de jouer en Ligue 2 mais n’est pas réintégré : « On a gagné au tribunal, mais nous ne sommes pas réintégrés en Ligue 2. Nous allons être auditionnés de nouveau, certainement sous 8 jours par la DNCG. »

Recalé par la DNCG et sa commission d’appel, puis par le CNOSF, Luzenac pourra donc représenter un dossier à la DNCG sous huit jours. Nicolas Dieuze s’enflammait lui un peu plus :

L’avocat du club a donné des détails sur cette décision sur son site.

Si la DNCG fondait sa décision du 2 juillet 2014 sur des doutes « quant aux versement des sommes dues par le groupe du président, actionnaire majoritaire du club », le tribunal a estimé après examen des pièces du dossier que « sans étayer, en l’état, ces allégations d’aucun document, la Fédération et la Ligue n’établissent pas le bien fondé des doutes émis sur la capacité du groupe (...) à honorer les créances. » De plus, le Tribunal reconnait que l’actionnaire majoritaire du club « n’a jusqu’ici jamais fait défaut dans le paiement des créances prises à son égard comme à celui du Toulouse Football Club. »

Aussi, le juge en déduit que « l’erreur manifeste d’appréciation du caractère certain des créances portées à l’actif du bilan du LAP est, en l’état de l’instruction, de nature à créer un doute sérieux quant è la légalité de la décision attaquée. »

Le tribunal administratif a donc suspendu la décision de la FFF et estime que sa décision implique que la Commission d’appel de la DNCG « réexamine, le cas échéant au vu de documents nouveaux, (...), sans attendre la décision qui sera rendue sur le fond du litige, les comptes du LAP. » Le tribunal avait en effet était saisi en référé et le juge a admis qu’il y avait urgence à statuer constatant que le club n’était pas inscrit « dans le calendrier d’un championnat national de football » ce qui était « de nature à porter un préjudice sportif et économique » au club et à l’ensemble de ses salariés.

Le tribunal enjoint dont la commission d’appel de la DNCG « de réexaminer la situation » de la SASP LAP « et de prononcer dans un délai de 8 jours » son avis sur l’interdiction d’accession sportive et l’autorisation d’utiliser des joueurs professionnels.

Une Ligue 2 à 21 clubs ?

L’éventualité d’une division à 21 clubs au lieu de 20 n’est alors plus vraiment à écarter. Le tribunal administratif ayant donné raison à Luzenac, la Ligue 2 se retrouve de fait avec 21 équipes en Ligue 2 après avoir validé la réintégration de Châteauroux.

Faire descendre la Berrichonne en National aboutirait probablement à une nouvelle plainte mais cette fois de Châteauroux qui a préparé une saison en Ligue 2 avec des recettes et contrats qui n’ont rien à voir avec ceux de l’étage inférieur. De plus la nouvelle décision de la DNCG n’intervient qu’après le premier match de championnat.

Le cas de Lens aurait aussi pu avoir pour incidence une Ligue 1 à 21 clubs. Mais en accordant la montée au club artésien, la FFF a évité tout problème. Jean Lapeyre, directeur juridique de la Fédération, avait toutefois précisé les options possibles en cas de jugement du tribunal administratif après le début du championnat pour le cas de Lens et Sochaux : « Si le jugement est rendu après deux ou trois journées de championnat, il sera encore possible de modifier le calendrier. Deux solutions seraient possibles. Soit la LFP renvoie les Sochaliens en L2, soit elle décide de les maintenir et de faire une Ligue 1 à 21 clubs. » La situation est donc est donc similaire pour le cas de Luzenac et Châteauroux.

On se demande toutefois ce qui poussa le président de la LFP, Frédéric Thiriez, la veille de la décision du tribunal administratif, de donner son avis sur l’éventualité d’une Ligue 2 à 21 clubs et ainsi semer le doute dans les têtes de ceux qui faisaient confiance à la Ligue. Son président se prononçait en effet contre la montée de Luzenac en Ligue 2 : « Le CNOSF avait donné un avis négatif. Donc j’espère que le tribunal administratif confirmera la position du comité olympique. Je me vois très mal organiser un championnat de Ligue 2 à 21 clubs d’autant que je suis plutôt partisan d’une réduction du nombre de clubs de l’élite plutôt que d’une augmentation. »

Il semblait alors toutefois au pied du mur à moins qu’un rebondissement n’intervienne.

Feu vert de la DNCG pour Luzenac le 7 août

Comme attendu, la Direction nationale de contrôle et de gestion de la Ligue professionnelle (LFP) a rendu un avis favorable à Luzenac le jeudi 7 août, l’autorisant à jouer en Ligue 2 cette saison. Il ne restait alors qu’une dernière étape à valider pour l’équipe de l’Ariège, l’intégration du LAP en Ligue 2 et donc la validation d’un championnat à 21 clubs.

Ce devrait être fait le vendredi 8 août pendant le conseil d’administration annoncé par la LFP : « A la suite de l’avis de la Commission d’appel de la DNCG favorable à l’octroi du statut professionnel au Luzenac AP et en application du règlement administratif de la LFP, un Conseil d’Administration de la LFP se tiendra en urgence le vendredi 8 août 2014. »

Frédéric Thiriez devait donc se résoudre à cette solution de Ligue 2 à 21 clubs qui ne sera pas sans conséquences sportives et financières. Dans cette configuration il faut refaire l’intégralité du calendrier pour que chaque journée un club soit exempt. Il va aussi falloir caler deux journées de plus dans le calendrier. Luzenac devenant professionnel, il obtient aussi le droit de jouer la coupe de la Ligue dont le tirage au sort des deux premiers tours a déjà été fait. Le premier tour sera joué le mardi 12 août. Exempter Luzenac de ce premier tour et donc lui donner une qualification directe pour le deuxième et la prime allant avec lèserait les autres équipes. Que fera alors la Ligue ?

Il faut aussi modifier les règles de Ligue 2 avec probablement quatre descentes cette saison contre trois normalement. Un enjeu sportif majeur, surtout pour les petits budgets, et l’équipe concernée risque de faire sérieusement la tête en fin de saison, surtout si Luzenac se sauve.

Mais c’est probablement l’impact financier de cette décision qui est le plus compliqué à déterminer. Les équipes de Ligue 2 devront se partager le gâteau des droits TV qui ne va lui pas augmenter avec l’intégration d’une équipe supplémentaire. Les budgets des équipes devraient donc être impactés à la baisse alors qu’ils ont été validés en juin par la DNCG et que les équipes ont recruté en conséquence. Celles qui ont bouclé de justesse leur budget risquent d’avoir du mal d’autant qu’elles ont déjà aussi fixé leur politique tarifaire et vendu leurs abonnements. Certaines avaient aussi lancé leurs produits dérivés, Dijon avait par exemple imprimé des dépliants avec des calendriers obsolètes en cas de Ligue 2 à 21 clubs.

Refus de la Ligue le 8 août

Ce scénario de Ligue 2 à 21 clubs redouté et non voulu par Frédéric Thiriez a toutefois était balayé par une décision surprise de la Ligue. Ainsi, le vendredi 8 août le conseil d’administration de la Ligue a refusé l’accession en Ligue 2 de Luzenac. La Ligue invoque cette fois le problème de stade non conforme. Luzenac avait pourtant décidé de jouer ses matches à domicile dans l’enceinte d’Ernest-Wallon, le stade des rugbymen du Stade Toulousain en faisant des travaux d’adaptation : sécurité et éclairage pour 450.000 euros de travaux.

Mais la LFP n’a pas retenu ce projet et se justifie dans un communiqué :

Réuni ce 8 août 2014, le Conseil d’Administration de la LFP a décidé à l’unanimité des 24 membres présents ou représentés de refuser l’accession en Ligue 2 de Luzenac AP car ce club ne dispose pas d’un stade répondant aux normes réglementaires de sécurité.

Depuis plusieurs mois, le club a pourtant été informé par la LFP à de nombreuses reprises qu’il devait disposer, en cas d’accession, d’un stade aux normes pour évoluer en Ligue 2. Malgré de multiples rappels, le club n’a pas pris les dispositions nécessaires pour évoluer dans un tel stade tout au long de la saison, ni même proposer une solution d’un stade de repli, répondant lui-même aux normes.

La première responsabilité de la LFP, organisatrice de la compétition, est d’assurer la sécurité du public. Sa mission est d’en garantir des conditions optimales. Luzenac ne disposant pas d’un stade conforme aux exigences, le Conseil d’Administration, seul autorisé à accorder le droit à un club de participer à un championnat professionnel, ne pouvait pas prendre une autre décision.

La décision, motivée, du Conseil d’Administration sera notifiée au club de Luzenac le lundi 11 août 2014.

Frédédic Thiriez a ensuite justifié à l’AFP les raisons de ce refus :

« Le problème de Luzenac est extrêmement simple. Comment peut-on participer à un championnat professionnel sans avoir de stade ? Leur stade actuel ne répond pas aux normes de sécurité et le stade de repli qu’ils nous ont proposé, le stade Ernest-Wallon, ne répond pas non plus aux normes de sécurité de la Ligue et de la Fédération. Et de toutes façons, ils n’ont toujours pas l’accord du Stade Toulousain pour y jouer. Dans ces conditions, s’agissant de règles de sécurité avec lesquelles je n’ai jamais transigé, c’est ma responsabilité qui est engagée, y compris sur le plan pénal. La première obligation de la Ligue est d’assurer la sécurité du public. Or, rien n’a été fait et le CA en a tiré les conséquences. Nous ne pouvions pas prendre une autre décision. Je suis triste pour les joueurs de Luzenac, qui avaient gagné sur le terrain le droit de jouer en Ligue 2, mais il faut qu’ils s’en prennent au management du club qui a été incapable d’assumer ses responsabilités.
(...)
Je réfute l’argument du deux poids, deux mesures. Dès le mois d’avril, la Ligue a pris contact avec Luzenac pour leur dire que s’ils montent en L2, ils ne pourront pas jouer à Foix. Ils ont proposé de jouer à Ernest-Wallon. Le 4 juin, j’ai envoyé une mission de la Ligue qui a regardé le stade et pointé les insuffisances et adressé une liste de travaux à effectuer. Ils n’ont rien fait. Nous ne pouvions pas prendre à la Ligue une autre décision que de dire non.
(...)
L’accession au monde professionnel, ce n’est pas un droit mais des devoirs. Il peut y avoir un nouveau feuilleton, il est dans le droit de Luzenac de contester la décision du CA, nous nous défendrons avec nos arguments qui sont bons. »

Une décision surprenante et Luzenac a reçu notamment le soutien de Bastia (Ligue 1) qui a publié un communiqué sur son site. Extrait :

« Cette décision cruelle, qui prend le contrepied de la DNCG et du tribunal administratif de Toulouse, nous semble symptomatique des errements qui, d’année en année, se multiplient en matière d’applications des règlements. En cette triste affaire, le SCB ne peut s’empêcher de constater le soutien à géométrie variable de nombreux présidents de clubs. Impitoyables avec les faibles, complaisants avec les puissants, les bons comptes font les bons amis.
Par ailleurs, la problématique d’infrastructures qui sert aujourd’hui de prétexte pour empêcher Luzenac de récolter les fruits d’une accession acquise de haute lutte, peut aujourd’hui impacter plusieurs autres clubs, dont le notre. Alors que les clubs et villes qui ont eu la chance d’être choisis pour héberger tour à tour l’Euro 84, la coupe du Monde 1998, et bientôt le Championnat d’Europe 2016, ont lors de chaque décennie pu bénéficier d’enceintes dernier cri largement financées par l’Etat, les petits clubs sont aujourd’hui constamment soumis à un durcissement croissant de la règlementation en matière d’accueil, qui fait planer une sourde menace financière et sportive sur le long terme pour ceux qui ne pourraient injecter les millions d’euros indispensables aux canons et critères du moment.
(...) Pour toutes ces raisons, et parce que notre club s’est toujours élevé contre les injustices, nous tenons à apporter notre entier et amical soutien au club de Luzenac et à ses supporters dont on vient, en une seule réunion entre puissants, de ruiner des entières années de travail ainsi que toute possibilité de faire prospérer le sport de haut niveau dans leur microrégion. »

Invité de Larqué Foot, Jean-Pierre Louvel a expliqué les raisons du refus de montée en Ligue 2 pour Luzenac. Une décision de la Ligue de football professionnelle en raison d’un problème de stade, non homologué pour la Ligue 2. « On est sur un problème de sécurité et sur ces aspects-là, c’est dans les textes de lois, un club peut être empêché de monter s’il ne respecte pas les règles de sécurité. Aujourd’hui, ça nous fait mal de refuser à un club de montée. Mais nous sommes responsables. Sur les aspects de sécurité, il n’y a jamais eu de dérogation. Je prends l’exemple du Gazélec, qui n’a pas joué dans son stade pendant six mois et qui a été jouer dans le stade de l’AC Ajaccio. C’est une règle de sécurité qui a été mise en place après tous les incidents, imposée par les ministères. »

Membre du comité d’administration, le président du Clermont Foot Claude Michy a confirmé par ailleurs que le dossier était mal ficelé tant du côté Luzenac que de la Ligue : « Il y a eu un déficit de communication de la part de la Ligue, c’est évident. C’est un dossier mal ficelé depuis le début. Et pas que d’un côté. De fait, le grand public a du mal à comprendre que le rêve de Luzenac n’ait pas pu se réaliser. La LFP aurait du mieux expliquer les tenants et les aboutissants. À la sortie, on donne l’impression d’un acharnement du pot de fer contre le pot de terre. Ce qui n’est pas le cas. »

Il confirme que toutes les familles du football étaient d’accord et qu’au moment du conseil d’administration, le club n’avait pas d’accord pour jouer à Ernest-Vallon à Toulouse. Il a même indiqué que la veille du conseil d’administration les dirigeants de Luzenac avaient fait une demande pour jouer à la Mosson à Montpellier. Demande refusée par la communauté d’agglomération.

Luzenac demande la suspension du championnat de Ligue 2

Luzenac a un peu attendu avant de réagir officiellement. L’argument est difficile à avaler pour le club : « comment engager des travaux alors que nous ne sommes toujours pas certains d’évoluer en Ligue 2 ? » Un choix compréhensible au moment de dépenser 450.000 euros dans un stade qui ne leur appartient pas. Chose surprenante aussi, le conseil d’administration de la LFP ne s’est pas prononcé sur l’obtention du statut professionnel du LAP, validé la veille par la DNCG. Voilà qui laisse le club dans le flou d’autant qu’en obtenant le statut pro, il pouvait jouer la Coupe de la Ligue, qui a elle aussi débuté.

L’argument du stade semble surtout mal ficelé et même compliqué à défendre pour la Ligue. Le stade Ernest Wallon est considéré comme peu sûr pour le football aux yeux de la Ligue, mais avait accueilli l’équipe de France espoir et même reçu le Toulouse Football Club en 2007, lors de la coupe du monde de rugby, alors qu’il évoluait en Ligue 1.

Les problèmes de calendrier et de mise à disposition du stade auraient été probablement plus simples à défendre. Le règlement de la Ligue impose ainsi une disponibilité pouvant aller de J-2 à J+2 par rapport à la date du match. Mais cet argument là encore ne tient pas forcément la route, la Ligue ayant accepté de que Lens joue à Amiens, partageant ainsi le stade avec le club de National qui joue le vendredi.

Le lundi 11 août, les dirigeants ont annoncé son intention de déposer un référé devant le tribunal administratif de Toulouse « pour demander la suspension du Championnat de L2 » alors que deux journées ont déjà été jouées. Christophe Rodriguez, directeur administratif du club, a expliqué la stratégie du club : « Nous avons compris leur petit jeu qui est de gagner du temps et nous espérons être entendus le plus tôt possible par le tribunal administratif de Toulouse. »

Il a aussi expliqué ce qu’il en était concernant le stade : « Le club souhaite confirmer devant les instances qu’il y a bien un accord avec le Stade Toulousain pour que Luzenac puisse évoluer au stade Ernest-Wallon. Concernant les travaux à réaliser, tout est calé avec les différentes entreprises et nous allons le prouver devant le tribunal. »

Toutefois, le club avait aussi indiqué qu’il renoncera à la saisine en référé du tribunal administratif si le ministère des sports accepte la conciliation sollicitée par le club. Une proposition rejetée par le Ministère qui a précisé « ne pas être habilité à effectuer une médiation » et rappelé qu’il revenait aux « instances sportives compétentes de décider. »

D’un autre côté, l’unique propriétaire d’Ernest-Wallon, l’association “les Amis du Stade Toulousain”, nie aussi avoir conclu un quelconque accord ferme et définitif avec le club de Luzenac comme l’a expliqué l’avocat de l’association : « Le 30 mai dernier a été signé un accord de principe. Le conseil d’administration de l’association donnait un avis favorable à la mise à disposition du stade, mais à deux conditions. La première, que le calendrier de Ligue 2 soit compatible avec celui du Top 14. La deuxième, que Luzenac mette à disposition des 17 équipes amateurs du Stade (cadets, juniors, espoirs) d’autres terrains. Nous n’avons jamais eu le moindre retour ni la moindre proposition de la part de Luzenac sur ces deux conditions. »

Comme l’a indiqué le président du Havre, Jean-Pierre Louvel, le Conseil d’administration de la Ligue qui a refusé l’accession se serait ainsi basé sur cette information pour justifier sa décision : « On souhaitait savoir si les choses avaient évolué. Il n’en était rien. »

La Ville de Toulouse se démène pour le Luzenac

Après cette décision, les dirigeants de Luzenac ont tenu une réunion avec la Ville de Toulouse et "les Amis du Stade Toulousain", association propriétaire du stade Ernest-Wallon. La municipalité a déclaré avoir « répondu favorablement » à la demande du club ariégeois concernant le Stadium. Le LAP pourra donc jouer dans l’enceinte qui accueille habituellement les rencontres du TFC « le temps nécessaire à la durée des travaux au stade Ernest-Wallon aura besoin d’un délai pour mettre en conformité les installations comme l’exige la Ligue de football professionnel. »

La municipalité de Toulouse joue ainsi un rôle prépondérant dans le soutien au club. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, jouait les « facilitateurs » notamment avec la mise à disposition du Stadium en attendant que la vidéosurveillance soit installée à Ernest-Wallon. Luzenac jouerait le vendredi soir ou le lundi et le TFC disposera du stade le samedi.

La mairie a décidé de mettre à disposition le Stadium qu’à condition que cela ne coûte pas un centime aux contribuables toulousains, et que cela n’ait pas d’impact sur les travaux de mise en conformité pour l’Euro 2016. En effet, le stade doit subir des travaux pour la préparation de la compétition et chaque match disputé dans l’enceinte ralentit les travaux de 2 à 3 jours. Vingt matches à domicile donneraient un retard de 40 à 60 jours, ce qui n’est pas acceptable pour la ville. La Ville de Toulouse s’est aussi chargée de trouver des terrains pour les jeunes utilisant normalement ceux d’Ernest Wallon, ce qui était une condition pour que l’association qui en est propriétaire accepte Luzenac. Les freins sont donc levés de ce côté.

Et le soutien à Luzenac est remonté plus haut encore. Le président de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, a écrit un courrier à Frédéric Thiriez, le président de la LFP, mardi 12 août :

« La solution passe par la Ville de Toulouse, le Stadium et Ernest-Wallon. Ce matin, le maire de Toulouse m’a informé directement que les obstacles étaient levés, a écrit Martin Malvy. Je reviens donc vers vous, le calendrier permettant encore une décision favorable et les grands clubs toulousains ayant fait le nécessaire pour que le Luzenac Ariège Pyrénées puisse répondre aux exigences de la Ligue. J’espère donc très vivement, Monsieur le Président, qu’il vous sera possible de répondre maintenant favorablement à l’appel qui vous est lancé. »

Le monde du football se fracture

La LFP et son président sont aussi mis sur le grill pour cette gouvernance qui semble oublier la logique sportive. D’ailleurs les soutiens ont continué d’arriver. Comme l’avait fait Bastia, Christophe Galtier, l’entraîneur de Saint Etienne, s’est fendu d’une déclaration de soutien au LAP. Louis Nicollin, et bon nombre de supporters de clubs professionnels, au nom de l’équité sportive, souhaitent voir le LAP dans les championnats.

L’unanimité de la décision annoncée par la Ligue semble aussi contestable. Le président de Montpellier, Laurent Nicollin, qui siège également au conseil d’administration de la Ligue a ainsi « témoigné son soutien inconditionnel et se prononce en faveur du LAP en Ligue 2 » selon le site de Luzenac.

De son côté, l’UNFP, le syndicat des joueurs, par l’intermédiaire de son coprésident Monsieur Philippe Piat « souhaiterait qu’une solution à l’amiable - sans qu’il soit nécessaire d’en appeler à la justice – soit trouvée pour permettre aux joueurs de Luzenac de jouer cette saison en L2. »

L’UNECATEF, le syndicat des entraîneurs membre du conseil d’administration de la Ligue, a déclaré de son côté que parmi ses deux représentants, Raymond Domenech n’était ni présent ni représenté et que Pierre Repellini a plaidé la cause de l’accession en Ligue 2 mais que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies.

Dans un communiqué, les joueurs ont exprimé leur position et leur volonté de jouer en Ligue 2 : « nous n’avons d’autre but que de réclamer le droit de poursuivre ce que nous avons construit et obtenu la saison dernière et voulons redonner au Football la place qu’il mérite : celle du terrain. Nous désirons que cette période d’instabilité et d’incertitude permanente cesse de peser sur notre avenir professionnel. Derrière chaque joueur se trouvent des femmes, des conjointes et des enfants pour qui cette situation est de plus en plus pesante et qui subissent eux aussi les conséquences de ces nombreux mais surtout interminables rebondissements. »

Mais Luzenac n’a pas que des amis. Jean-Pierre Louvel, président du syndicat des clubs (UCPF) et membre du conseil d’administration de la Ligue n’a pas été tendre avec les dirigeants du club ariégeois et estimé dans L’Equipe que la Ligue ne changerait pas d’avis : « Non, je ne le crois pas, car il y avait des délais pour présenter un dossier conforme. Aujourd’hui, on ­revient et on dit : “On s’est mis en règle.” C’est trop tard. Les dirigeants n’avaient qu’à travailler avant plutôt que de faire des ­recours et de pleurer dans les chaumières. »

Concernant les travaux que Luzenac n’a pas fait avant l’obtention du feu vert de la DNCG, Louvel n’est pas tendre non plus : « Orléans était dans le même cas. Ils ont commencé les travaux alors qu’ils n’avaient pas la certification de la DNCG, et le stade était prêt pour recevoir Nancy (0-1, vendredi dernier). Avec Luzenac, on essaie de faire porter le chapeau à la Ligue. Je dis aux dirigeants : “Vous n’avez pas été responsables, ­assumez vos actes.” »

Le monde du football s’est ainsi fracturé, notamment entre les pros et les amateurs. Ainsi dans l’Ariège, le District a lié sa survie à l’avenir de Luzenac. Pour l’un de ses membres « cette histoire uniquement basée sur le pognon commence à nous révolter. » Le président du district n’est pas tendre : « C’est une mascarade qui ne revalorise pas l’image du football. Mon devoir de réserve m’empêchait de m’exprimer. Au vu des derniers événements, le comité directeur dans son ensemble affiche une solidarité inconditionnelle derrière le LAP. Grâce au LAP, le District de l’Ariège à un projet sportif et de professionnalisation. Nous sommes dans une situation préoccupante voire critique. L’ensemble du comité directeur est abattu. » De plus, certains membres du comité directeur ont décidé de prendre du recul et « ne veulent plus entendre parler des instances qui nous dirigent. »

Luzenac saisit à nouveau le CNOSF et le tribunal administratif

Le jeudi 14 août, revigoré par l’appui de la ville de Toulouse et les soutiens, Luzenac a indiqué par un communiqué qu’il avait en entamé les démarches juridiques :

« Une requête a été déposée ce jour auprès du CNOSF en parallèle de celle du Tribunal Administratif de Toulouse. Dans cette procédure le passage devant le CNOSF est obligatoire. »

Tournure politique

Le club a obtenu un soutien inattendu le lundi 18 août de Thierry Braillard, le secrétaire d’Etat aux Sports, alors que son ministère avait pourtant refusé d’intervenir dans la conciliation. Ainsi le secrétaire d’Etat s’est montré très sévère sur France Info :

« Sur le cas de Luzenac, à titre personnel, j’aurais aimé que Luzenac joue en Ligue 2. Si c’est encore possible, que ça se passe. Avec du retard, ils ont fait ce qu’il fallait sur le plan financier et des infrastructures. Aujourd’hui, rien ne s’oppose à ce que Luzenac joue en Ligue 2. La décision n’appartient pas au ministre. Il y a des recours en cours. Au moment ou on parle, Luzenac ne joue dans aucun championnat. C’est une situation inadmissible qu’il ne faut pas, dans un sens ou dans l’autre, laisser en l’état.

Luzenac aurait dû avoir sa place en L2. Il y a une hypocrisie : soit la Ligue de football professionnel (LFP) veut une ligue fermée pour les pros, avec 18 clubs et une seule montée par an — ce qui serait aller au bout de la logique — soit elle défend l’intérêt sportif et alors on ne peut pas reprocher à des clubs amateurs de se comporter comme des amateurs. Il faudrait les accompagner vers le monde professionnel.

Il faut être équitable. Pour Lens, on a dit ’pas de problème, il y a la parole d’Amiens (pour jouer dans ce stade, ndlr)’. Pour Luzenac, on dit ’il y a un problème’, alors qu’il y a la parole du Stade Toulousain. Il faut faire confiance à la parole publique du Conseil général de l’Ariège et de la mairie de Toulouse. »

Le secrétaire d’Etat s’est lui étonné d’une partie de la procédure :

« La LFP a fait son travail, a pris sa décision, et a le dernier mot, a souligné le secrétaire d’Etat. Mais quand la DNCG (gendarme financier) a, en appel, dit que le dossier financier était acceptable, on ne s’attendait pas à ce qu’on ressorte l’histoire du stade. »

Le secrétaire d’Etat juge-t-il alors la Ligue trop pointilleuse dans son règlement et dans ses exigences ? Pourquoi un stade qui a accueilli une équipe de Ligue 1 et des matches internationaux des Espoirs en Football ou du XV de France de rugby ne peut-il pas accepter des matches de Ligue 2 à l’affluence bien modeste ? Avec un tel règlement, la LFP a il est vrai créé une barrière à la montée qui exclut les clubs sans ressources ou issus de petites villes qui n’ont aucun moyen de se plier aux exigences financières.

Pour le secrétaire d’Etat, le dossier Luzenac rejoint « ce que dit François Hollande quand il parle de choc de simplification » et a conclu qu’il fallait « simplifier les procédures de contentieux » :

« En tant que secrétaire d’Etat, quand la LFP prend sa décision, je n’ai pas le pouvoir de faire changer les choses, mais à titre personnel, je pense qu’il faut se servir de ce qui s’est passé avec Lens et Luzenac, pour une simplification dans les recours et contentieux. C’est insupportable de voir le nombre de recours. Même si les clubs gagnent à la fin, il n’y a plus le temps de préparer la saison. Il faudrait peut-être spécialiser un tribunal administratif qui serait alors compétent pour traiter les recours. »

Frédéric Thiriez ne pouvait laisser passer de tels propos et a réagi fermement :

« Je ne cèderai à aucune pression politique d’où qu’elle vienne. Je comprends que Thierry Braillard subit la pression de ses amis politiques de l’Ariège. Mais la Ligue ne fait qu’appliquer ses règlements qui sont les mêmes pour tous les clubs et qui s’imposent à Luzenac comme aux autres pour des raisons évidentes d’équité.

Le ministère a été saisi mais d’un point de vue légal, il n’a pas à l’être. Les instances sportives sont les seules compétentes sur l’organisation des compétitions, nous avait confié le ministère. Le politique n’a pas à s’ingérer dans le dossier de Luzenac surtout quand le juge est saisi en même temps. On s’en remet aux procédures de droit commun. Le ministère n’a pas vocation à s’immiscer dans une affaire où il n’est pas compétent. »

Frédéric Thiriez sur le banc des accusés

Une déclaration du président de la Ligue qui semble encore une fois bien malheureuse et qui pourrait même donner du grain à moudre à ceux qui pensent qu’il en fait une affaire personnelle après ses déclarations avant le début du championnat.

Frédéric Thiriez semble aussi bien présomptueux pour estimer que le ministère ne peut y mettre son nez, surtout après les proportions prises par cette affaire. Les clubs professionnels sont en effet forcément lié à un club amateur affilié à la Fédération Française elle même liée par contrat au Ministère des sports. La Ligue organise les compétitions au nom de la F.F.F. par une convention approuvée par le Ministre chargé des Sports. Par le passé, la Ministre des Sports Chantal Jouanno avait par exemple menacé la Fédération de sanctions après les suspicions de quota dans les centres de formation des clubs professionnels et en équipes de France.

Pour le président de Luzenac Jérôme Ducros « l’opération menée par la LFP est de se débrouiller par tous les moyens pour ne pas que le LAP évolue en L2. Ils cherchent tous les faux prétextes ! C’est d’un ridicule ! » Une bonne partie de la France du football n’est pas loin de le penser. Et Frédéric Thiriez qui fait l’éloge de « la réussite économique et donc de la réussite sportive » semble avoir bien du mal à défendre sa position face à ceux qui l’accusent, comme le Ministre de vouloir une Ligue professionnelle fermée.

Le CNOSF valide la montée de Luzenac en Ligue 2

Le LAP et ses représentants mais aussi la Ligue ont été auditionnés ce mercredi 20 Août à 11h par le Comité National Olympique et Sportif Français. Ce second passage s’est une nouvelle fois montré fructueux. Le Comité national olympique et sportif français a ainsi rendu vendredi 22 août un avis favorable à la montée du LAP en Ligue 2. L’audience n’avait toutefois par permis de trouver un accord à l’amiable.

La LFP pourrait d’ailleurs rester sur ses positions puisque les « Amis du Stade Toulousain », propriétaires d’Ernest-Wallon, ont fait savoir qu’ils refusaient « pour le moment » de signer une convention ferme et définitive avec Luzenac, réclamée par la LFP, tant que sa montée en L2 n’était pas validée. Tous les acteurs se renvoient donc la balle en attendant que l’un deux fasse le premier pas ou que la justice ne tranche.

Le tribunal administratif de Toulouse qui était aussi saisi par Luzenac devait se prononcer le vendredi 22 août, mais a suspendu son audience à 15h après l’avis du CNOSF. L’audience est reportée à mardi en attendant une réunion du Conseil d’administration de la Ligue qui devrait se tenir lundi. Le tribunal a décidé que si le Conseil d’administration de la Ligue accepte la conciliation du CNOSF, la procédure cessera. En cas de refus de la LFP de suivre l’avis du CNOSF, l’audience du tribunal reprendra mardi à 14 heures, et l’instance administrative rendra sa décision le plus rapidement possible.

Il faut dire que la situation devient maintenant plus qu’urgente. Les équipes de Ligue 2 ont déjà joué 4 journées de championnat et joueront le deuxième tour de Coupe de la Ligue mardi 26 août. Mais la Ligue tiendra un conseil d’administration sous pression. Ce qui ressemble à un combat de David contre Goliath a même traversé l’Atlantique avec un article dans le Washington Post

De la Ligue 2 à la disparition

La fin du mois d’août et début septembre ont en revanche signé la fin de l’équipe professionnelle. C’est d’abord la Ligue qui refuse une nouvelle fois le 27 août la montée de Luzenac. Accusée par le club d’avoir caché des informations, la LFP se voit contrainte de diffuser le dossier sur son site.

Luzenac repart ensuite devant le CNOSF. Mais lui qui avait toujours donné raison avant, refuse cette fois la montée du club de l’Ariège : « Les conciliateurs estiment que la décision du conseil d’administration de la LFP du 27 août 2014 (qui refuse l’accession de Luzenac en L2, Ndlr) n’est pas entachée d’une erreur de droit ou d’une erreur manifeste d’appréciation. Ils n’entendent en conséquence pas proposer à la LFP de reconsidérer cette décision. Les conciliateurs proposent à la SASP Luzenac Ariège Pyrénées de s’en tenir à la décision du conseil d’administration du 27 août 2014. »

Le club compte alors sur le tribunal administratif. Hélas pour eux, le tribunal administratif de Toulouse refuse le jeudi 4 septembre d’intégrer en Ligue 2 le club en « l’absence notamment de démonstration de la jouissance effective par le club de Luzenac. »

Le club se réserve alors la possibilité de saisir le Conseil d’Etat mais va finalement décider de repartir en National. Mais encore faut-il l’accord de la Fédération Française. Une réunion le mercredi 10 septembre matin entre Noël Le Graët, le président de la FFF et les dirigeants du club ariégeois ne débouché sur aucun accord. Il faut dire que le championnat est déjà débuté depuis cinq journées et il faut refaire tout le calendrier.

Selon la FFF, « le rendez-vous a permis d’étudier plusieurs pistes pour permettre au club de Luzenac d’intégrer un championnat et surtout d’instaurer un dialogue directement entre le club et la Fédération. Il a été convenu que le club de Luzenac reviendrait vers la Fédération avant la fin de la semaine. »

On apprend ensuite que la FFF a proposé à Luzenac de repartir en CFA 2 ce qui correspondrait ainsi à une double relégation. Une solution inacceptable pour les dirigeants et notamment Fabien Barthez : « Nous ne pouvons pas accepter de repartir en CFA2 avec des joueurs qui avaient gagné leur place en Ligue 2. »

L’issue est alors certaine et sera confirmée par le milieu de terrain Nicolas Dieuze dans la journée : « Le club arrête et repart en DHR (7e niveau national), l’équipe 2 devient l’équipe 1, les joueurs sont libérés de leur contrat et sont maintenant sur le marché de l’emploi. Je ressens beaucoup de tristesse par rapport à ce qui a été fait depuis des années. On nous envoie en DHR à grands coups de pied aux fesses, dans quinze jours, on ne parlera plus de Luzenac. Les joueurs, comme beaucoup de personnes en France, vont aller pointer au Pôle emploi. »

La société portant l’équipe pro devrait ainsi déposer le bilan. Fabien Barthez, directeur général de Luzenac a annoncé son départ en compagnie du président Jérôme Ducros : « Le refus d’accepter Luzenac en National équivaut à la fin de notre projet. Nous ne pouvons pas accepter de repartir en CFA2 avec des joueurs qui avaient gagné leur place en Ligue 2. Aucune promesse de remontée automatique la saison prochaine non plus. Pour nous, Jerôme et moi, c’est fini, l’histoire s’arrête là. »

Cette histoire de Luzenac se termine par la lettre envoyée par Nicolas Dieuze, joueur de Luzenac à Frédéric Thiriez et publiée par le club le 17 septembre :

Ça y est Mr Thiriez,
Après trois mois d’une interminable bataille judiciaire et administrative, vous et vos « amis » êtes arrivés à vos fins en anéantissant le club de Luzenac Ariège Pyrénées, mon club, notre club ou plutôt le club de tout un département qui s’enthousiasmait devant cette belle et inespérée aventure sportive et qui souffre aujourd’hui terriblement de cette décision que tout le « vrai » football français qualifie d’injuste. Pourquoi dis-je « vrai » football ? Laissez-moi vous expliquer le fond de ma pensée.

Le 18 avril 2014, après notre victoire 1-0 contre Boulogne dans notre stade « homologué » de Foix, nous validons une montée historique en Ligue 2 et réalisons le rêve de tout jeune footballeur, à savoir devenir footballeur professionnel. Déjà, à cette époque, pas une marque de considération de votre part devant cet exploit et l’engouement médiatique qu’il a suscité. Cela aurait dû nous alerter sur le fait que nous n’étions pas les bienvenus dans votre monde, celui des professionnels. Malgré tout, pris par la vague médiatique, joueurs, entraîneurs, dirigeants, supporters et même tout simplement amoureux de football se mettent à rêver d’un parcours glorieux en L2 pour ce petit club d’un village de 650 habitants.

L’histoire est belle sans doute trop… Comment expliquer un tel acharnement durant ces interminables semaines ? Pourquoi, à l’heure où le foot français ne cesse de véhiculer l’image d’un capitalisme toujours plus grand et non contrôlé, vous, LFP n’avez-vous pas « utilisé » ce bel exploit pour montrer aux yeux de tous, que non, l’argent ne peut pas tout ? Je crois que vous avez raté là une merveilleuse occasion de réconcilier les footballeurs avec LEUR football car celui-ci ne vous appartient pas et encore moins aux 24 membres de votre conseil d’administration censés représenter la merveilleuse famille du Football Français.

Je ne vais pas retracer la chronologie de cette histoire qui fera date sans aucun doute mais il est aisé de comprendre que ce que vous avez reproché au club du LAP, amateur depuis plus de 50 ans, est justement d’être resté amateur et de ne pas être devenu professionnel en trois mois. Au lieu de sanctionner, n’aurait-il pas été plus sain et plus juste d’accompagner le club et ses dirigeants dans cette transition ?

Vous et moi savons que cette affaire Luzenac ne sera plus qu’un lointain souvenir d’ici quelques semaines voire quelques jours mais sachez que les séquelles psychologiques, sociales et financières sont d’ores et déjà énormes.

Pour terminer, c’est à Frédéric Thiriez, l’enfant âgé de 6 ans, justement l’âge de mon gamin venu fêter la montée du LAP ce 18 avril 2014 que je m’adresse. Quelles explications puis-je te donner Frédéric, toi le petit footballeur en herbe qui rêve aux exploits de tous ces grands champions, à qui tous les éducateurs expliquent qu’à force de travail, d’abnégation et de passion, tu auras un jour peut-être toi aussi l’occasion de vivre de grands moments et de devenir un footballeur professionnel, que tout cela ne compte finalement pas du tout aux yeux des décideurs et que seule la raison du plus « riche » ou du plus « ancien » l’emporte ?

S’il vous plaît Mr Thiriez, aidez-moi à trouver les mots car à l’heure où je vous parle, je ne les trouve toujours pas.


Vous avez aimé cet article ?

Recevez les articles par e-mail :

Les dernières actus tous les matins dans votre boite e-mail

Partagez
Partagez-le avec vos amis pour le faire voyager et le faire connaître au plus grand nombre
Soutenez Cyberbougnat
Cyberbougnat n'affiche pas de pub et ne touche pas de subvention. Mais il faut tout de même un peu d'argent pour vivre. Alors soutenez la vie du site avec un coup de main ponctuel ou régulier. Les entreprises et collectivités peuvent aussi opter pour le sponsoring. Vous pouvez aussi aider Cyberbougnat via Tipeee

Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois