Cyberbougnat

Clermont Foot : Helena Costa renonce à la veille de la reprise

Publié par Bertrand le lundi 23 juin 2014 à 18h45min, mis a jour le dimanche 6 juillet 2014 à 07h45min - 3924 lectures - 1 partage

Helena Costa a démissionné du Clermont Foot quelques heures avant la reprise de l'entraînement. D'abord mystérieuse sur les raisons de son départ, elle a fini par régler ses comptes avec le club et Olivier Chavanon plus tard dans la journée.

Le recrutement le plus médiatique du Clermont Foot 63 a connu ce lundi un drôle de retournement alors que l’entraînement est prévu pour demain matin. Le club vient en effet d’indiquer via un communiqué de presse que l’entraîneur portugaise ne tiendra pas ses engagements vis-à-vis du club. Dans le communiqué, Claude Michy « regrette profondément cette situation. »

 Communiqué officiel

« Helena COSTA a décidé de ne pas tenir ses engagements vis-à-vis du Clermont Foot 63.

Helena COSTA n’assumera donc pas le poste d’entraîneur du Club pour la saison à venir. Cette décision est soudaine et surprenante.

Je regrette profondément cette situation. Je remercie tous ceux qui m’ont apporté leur soutien et je leur en suis très reconnaissant.

Le fonctionnement du Club se poursuivra avec d’autres interlocuteurs afin de préparer la nouvelle saison.

Un point presse en présence d’Helena Costa sera donné demain matin à 9h30
au stade Gabriel Montpied.
 »

L’annonce du recrutement de l’entraîneur portugaise qui aurait été la première entraîneur féminine d’une équipe professionnelle en France avait été très médiatique et créé un véritable buzz. Sa conférence de presse d’arrivée suivie par des dizaines de médias.

Sa démission fut médiatique mais pas autant. Comme le remarque Elle, on nota tout de même un bon nombre de remarques sexistes.

 Une conférence de presse sans réponses

La conférence de presse de ce mardi matin au Stade Gabriel Montpied fut tout bonnement surréaliste. La portugaise se bornant à dire que c’était une « décision personnelle » et que Claude Michy savait pourquoi elle avait donné sa démission. Mais le président du Clermont Foot montrait lui son incompréhension face à cette décision.

JPEG - 438.7 ko

Il semblerait donc qu’il s’agisse d’une perte de confiance en elle et qu’il fut impossible de la faire revenir en arrière une fois sa décision prise. Le président niait en tout cas des problèmes relationnels à l’intérieur du club. Arrivée samedi, au club dimanche et lundi, Helena Costa avait jusque là échangé par mail et SMS avec Olivier Chavanon et n’avait pas encore rencontré les joueurs.

Claude Michy et Sonia Souid, son agent, indiquaient aussi ne pas avoir reconnu celle qu’ils avaient choisi il y a quelques semaines. La détermination affichée lors de son recrutement semblait avoir disparu et ils indiquaient s’être confronté à un mur quand ils ont voulu la faire changer d’avis. Mais Sonia Souid s’est aussi dite en colère contre la portugaise : « Je ne reconnais pas l’Helena Costa qui s’est présentée devant nous il y a un mois. On s’est retrouvé face à un mur, elle avait déjà pris sa décision. Je suis en colère et triste pour toutes les autres femmes qui auraient voulu être à sa place. Je suis en colère car c’est une décision égoïste. »

 Helena Costa règle ses comptes avec le Clermont Foot et Olivier Chavanon

Helena Costa a toutefois retrouvé sa voix dans la journée et a donné sa version dans un long communiqué en portugais repris par le journal portugais Abola. Et elle n’épargne pas le club ni son directeur sportif ou plutôt conseiller technique du président, Olivier Chavanon :

Mon départ du Clermont Foot est du à un ensemble d’événements que n’importe quel entraîneur ne serait pas admettre, qui révèlent un manque total de respect, ainsi que d’un total amateurisme. Le directeur sportif voulait signer des joueurs sans mon accord, alors que je dois coacher cette équipe. Je trouve inacceptable que, dans une structure professionnelle, l’entraîneur apprenne la signature d’un joueur par le secrétariat du club, en lisant les noms des joueurs sur la liste des joueurs devant passer les premiers tests médicaux. Plus amateur encore, le fait que le directeur sportif ne réponde pas aux e-mails, ou autres messages envoyés cinq jours avant la reprise.

Elle parle aussi de la difficulté de tenir une réunion samedi et dimanche avec le staff technique du club pour préparer la semaine de la reprise mais c’est bien Olivier Chavanon qui est au coeur de sa rancoeur :

« Les seules informations que j’ai reçues sont venues du secrétariat du club. Du coup, par e-mail, j’ai affirmé au directeur sportif mon désaccord. Réponse : « Tu me fatigues avec tes mails, je ne suis pas ton exécutant, je ne suis pas a ta disposition. » Pareil pour l’organisation des matchs amicaux, dont j’ai été informée par email. Par manque d’information, des réunions avec le staff technique ont été annulées, preuve d’un manque de professionnalisme. Face à toutes ces situations, j’ai sollicité le président, pour une réunion, afin de lui révéler tous ces dysfonctionnements, ces négligences, cette gestion médiocre. J’ai évoqué la réponse grossière de M.Olivier Chavanon, lui affirmant que la confiance était brisée. Je lui ai dit que je quittais mon travail, si le manager était conservé. Le président ne m’a finalement jamais recontacté sur le sujet. »

Elle explique aussi le déroulement de sa dernière journée au club :

« Le directeur sportif a reconnu qu’il n’aurait pas dû me parler de cette manière, qu’il ne m’avait pas tenu informé d’éléments essentiels pour la préparation de la saison. Et devant le manque de prise de position du président sur le rôle de M. Chavagnon, j’ai annoncé ma décision de quitter le club. Et je suis resté sur mes positions malgré une avancée dans nos échanges. »

Helena Costa a donc décidé d’aller au clash et de donner sa démission après une dernière journée au club lundi où elle espérait rencontrer Claude Michy :

« Je suis arrivée au club hier (lundi), la première, à 6h45, pour avoir une discussion avec le président mais il ne m’a pas contacté. J’ai ressenti un profond dégoût pour ce manque de communication, dans une situation que je juge grave. Je n’ai pas voulu rencontrer les joueurs, pour provoquer une réunion avec le président et le directeur sportif. Ce dernier, après de longues discussions, a reconnu avoir commis des erreurs dans sa communication vis-à-vis de moi. J’ai informé toutes les personnes présentes de ma décision de démissionner. Je l’ai toujours dit, je suis exigeante avec moi-même, et je veux de la confiance, de la droiture, autour de moi. Cette succession d’épisodes m’a décidée. »

Aussi pour elle « rien n’était soudain ni inattendu » mais une décision prise « après une série d’épisodes qui se sont déroulés au fil du temps. » La question est alors de savoir pourquoi elle s’est exprimée après la conférence de presse. Il semble que ce soit les déclarations de Claude Michy qui soient le déclencheur.

Ce dernier avait jugé la décision « étonnante, irrationnelle, incompréhensible » et que l’entraîneur « partait avec son secret. » Pour lui « il y a des raisons futiles, mais rien de sérieux » et il démentait un conflit avec Olivier Chavanon. Avec un brin de misogynie il avait aussi ajouté « C’est une femme, elles sont capables de nous faire croire un certain nombre de choses. Je ne suis pas le premier et le seul homme à ne pas comprendre une femme. »

Elle a donc souhaité rétablir les choses :

 « Je n’ai écrit ce communiqué qu’après avoir lu les déclarations du Président (avec qui j’ai toujours eu de bonnes relations). Déclarations qui ne correspondent pas avec ce que mes agents, moi et le club avions décidé de déclarer lors de la conférence de presse, pour le bien du club et de son Président, qui a eu le courage de parier sur moi. J’avais accepté de le faire en reconnaissance de son courage et du défi qu’il s’était lancé. Je ne m’attendais ainsi pas à lire ce que j’ai ensuite lu. Je regrette ce volte-face. »

De son côté, Claude Michy qui était sur France 3 Auvergne ce mardi soir n’a pas souhaité commenter ces déclarations : « Elle était là ce matin, elle pouvait le dire ce matin. Elle n’est plus là, elle est partie, on va continuer notre route. »

 Olivier Chavanon se défend

Olivier Chavanon s’est défendu dans L’Equipe sur les accusions portées par l’entraîneur lusitanienne :

« Je n’ai même pas envie de réagir ni de polémiquer pour la simple et bonne raison qu’en fait, on ne se connaît pas. Helena Costa est une personne que j’ai vue trois fois cinq minutes dans ma vie et nous n’avons jamais travaillé ensemble. Je reconnais lui avoir répondu qu’elle me fatiguait avec ses mails mais cela ne m’inquiétait pas plus que ça. Je m’attendais à ce que nous commencions tranquillement à bosser ensemble lors de la reprise.
C’est dommage qu’elle parle d’amateurisme car en fait, elle ne connaît pas le club et son fonctionnement. Je n’ai jamais entendu dire du mal de nous de la part d’un autre entraîneur passé au club. Je ne la jugerai pas car je ne la connais pas.
 »

L’incompréhension demeure donc entre les deux et finalement Helena Costa avait probablement besoin d’avoir plus de contact avec le reste du club pour préparer son arrivée. Rappelons que la portugaise était le choix de Claude Michy et avait même surpris son conseiller technique.

Mais Olivier Chavanon reconnait par ailleurs avoir eu des difficultés liées à la distance puisqu’Helena Costa était au Portugal, à la langue et à la communication par mail auquel il n’est pas habitué.

 Une autre femme pour la remplacer ?

La décision de la portugaise a sonné Claude Michy qui indique s’être d’abord oxygéné la tête en vélo pour digérer. S’il n’en a pas perdu son flegme il lui faut maintenant trouver un autre entraîneur. Ce mardi matin les joueurs ont repris l’entraînement avec le staff technique sous les ordres de Jean-Noël Cabezas. Et si la décision de la portugaise pourrait avoir mis du plomb dans l’aile à la cause des femmes dans le football professionnel elle ne semble pas refroidir le président du Clermont Foot.

Il avoue avoir reçu beaucoup de propositions d’entraîneurs depuis hier mais aussi avoir passé un coup de fil à une femme pour la remplacer : « J’ai déjà reçu quarante-cinq CV, d’hommes mais j’ai aussi appelé une femme. » S’il n’a pas divulgué son nom, il s’agit probablement de Corinne Diacre. L’ancienne internationale française (121 sélections) est ainsi devenue en mai la première femme à obtenir le Brevet d’entraîneur de football professionnel permettant d’entraîner des clubs de Ligue 1 et Ligue 2.

Elle disait alors : « Si un club et un président de Ligue 1 ou de Ligue 2, voire même un entraîneur souhaite avoir une femme dans son staff, j’étudierais toutes les propositions. »


Vous avez aimé cet article ?

Recevez les articles par e-mail :

Les dernières actus tous les matins dans votre boite e-mail

Partagez
Partagez-le avec vos amis pour le faire voyager et le faire connaître au plus grand nombre
Soutenez Cyberbougnat
Cyberbougnat n'affiche pas de pub et ne touche pas de subvention. Mais il faut tout de même un peu d'argent pour vivre. Alors soutenez la vie du site avec un coup de main ponctuel ou régulier. Les entreprises et collectivités peuvent aussi opter pour le sponsoring. Vous pouvez aussi aider Cyberbougnat via Tipeee

Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois