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Renaud Lavillenie médaille d’argent après une cruelle finale

Publié par Bertrand le mardi 16 août 2016 à 05h31min, mis a jour le mercredi 17 août 2016 à 11h34min - 2292 lectures - 3 partages

JO Rio 2016 — Renaud Lavillenie n’a pas réalisé l’exploit du doublé olympique à Rio après son titre à Londres. C’est le jeune brésilien Thiago Braz qui a remporté l’or dans une finale incroyable. Le clermontois a été hué par le public lors de la remise des médailles.

Malgré la pluie, le vent et les problèmes techniques qui ont retardé le concours, Renaud Lavillenie a fait un concours quasiment parfait. Débutant son concours à 5.75m il efface toutes les barres à la première tentative jusqu’à 5.98m pour battre alors le record olympique. Tous ses concurrents lâchent très tôt notamment le champion du monde en titre canadien Barber éliminé rapidement.

Le titre ne semble pas pouvoir échapper à Renaud Lavillenie mais ces grands concours réservent toujours une surprise. Et à Rio elle s’appelait Thiago Braz. Le jeune Brésilien de 22 ans fait une impasse à 5.98m et demande directement 6.03m. Le jeune protégé de l’ancien entraîneur de Bubka a un record à 5.93m mais il est porté par la ferveur du stade. Il s’élève dans le ciel de Rio à sa deuxième tentative pour décrocher l’or.

Renaud Lavillenie qui a échoué de peu à 6.03m se retrouve alors deuxième et n’a plus le choix. Il doit passer 6.08m pour reprendre l’or. Hélas, sous les sifflets du public brésilien, il échoue et doit se contenter d’une médaille d’argent. L’américain Sam Kendricks est médaille de bronze (5.85m).

L’américain Bob Richards reste ainsi le seul perchiste à avoir réussi à conserver sa couronne olympique (1952, 1956).

Réaction de Renaud Lavillenie au micro de Canal+ :

« J’ai su rester dedans, j’ai tout donné. C’était très intense. Tiago a sorti un très gros saut. Moi je n’ai pas eu la réussite à 6.03m sur les deux premiers sauts. Je suis quand même super content j’ai tout donné, je ne peux rien regretter.
Mais je ne suis pas content d’avoir été sifflé dans un stade olympique. C’est une ambiance de foot. La dernière fois qu’un athlète s’est ainsi fait siffler aux Jeux c’était Jesse Owens en 1936. Ça fait chier d’avoir un public de merde comme ça sur des JO alors que la finale était magnifique. C’est la première fois que je me fait siffler. Les valeurs de l’olympisme ce n’est pas ça. Le public brésilien a gaché ma fête.
 »

Il a ensuite regretté sa comparaison avec les Jeux de 1936 :

« Sportivement parlant, il n’y a rien à dire, le brésilien à été meilleur et j’ai pas démérité, j’ai tout donné et je n’ai pas été nul, mais c’est le sport et je l’accepte sans problèmes. Par contre, je n’accepte pas de me faire siffler et huer sur un sautoir olympique par un public. Je pense que c’est compréhensible !
Mais je n’ai pas d’excuse et je n’en cherche pas. Et désolé pour la comparaison mal placé de l’ambiance, à chaud je n’ai pas mesuré.
 »

En conférence de presse, il s’était aussi excusé pour ces propos et avait tempéré : « J’ai fait une grosse erreur. J’étais sans doute trop énervé. Bien sûr qu’on ne peut pas comparer ces deux publics. »

En larmes sur le podium

Mais le public brésilien n’a pas digéré les propos du vice-champion olympique et la machine était lancée. Renaud Lavillenie a révélé qu’il avait ainsi été insulté avant le podium, « je me suis fait insulter par tout le peuple brésilien sur les réseaux sociaux. »

Il a ensuite été sifflé lors de la remise des médailles le lendemain. Thiago Braz, lui même étonné par cette réaction du stade, a d’ailleurs haussé les épaules sur le podium.

Sous le coup de la pression, Lavillenie a craqué et a fondu en larmes. Le clermontois a ensuite réagi au micro de FranceTV Sport : « Je me suis senti humilié sur le podium. J’ai essayé de me retenir pendant la cérémonie, c’était tellement dur. Honnêtement, je ne le souhaite à personne, c’est ignoble. »

Comme il l’a indiqué à la télévision et sur sa page Facebook, il a été réconforté après la cérémonie par le champion olympique brésilien et la légende de la discipline, l’Ukrainien Sergueï Bubka : « On vient de passer une demi-heure avec Sergueï, qui était en colère après ce qu’il a vu. »

Le perchiste français a également été soutenu par des instances internationales, à commencer par Sebastian Coe, le patron de l’athlétisme mondial, et Thomas Bach, le patron du Comité international olympique. Sur le compte Twitter du CIO, il a parlé de "comportement inacceptable" de la part du public.

Cet événement a aussi fait réagir la Britannique Paula Radcliffe, championne du monde du marathon en 2005 : « C’est juste mauvais le public de l’athlétisme ce soir. Encouragez les vôtres aussi bruyamment que vous le voulez, mais ne manquez jamais de respect aux autres. » Puis en français, en s’adressant à Renaud Lavillenie : « Sois fier et garde ta dignité. »

Thiago Braz a lui confirmé au journal Zero Hora qu’il avait bien demandé au public d’arrêter les sifflets et qu’il avait franchi la barre de 6m03 grâce à l’émulation née de sa lutte avec son rival français : « Il m’a tiré vers le haut. »

Usain Bolt avait aussi été en colère après les sifflets contre Justin Gatlin en finale du 100m : « C’est la première fois que je vois ça. Ça m’a choqué. Toute cette histoire (sa suspension) date d’il y a dix ans. Ces gens qui me huent ne me connaissent même pas. Nous avons tous du respect les uns pour les autres. J’aimerais voir ce respect partout. Dans le public aussi. »

D’autres sportifs ont aussi droit à un traitement particulier pendant ces JO. Teddy Riner a été sifflé toute la journée. En tennis de table, Galia Dvorak a perdu ses nerfs et ses moyens : « On n’a pas l’habitude. C’est tellement bizarre. Dans un pays comme la Chine, on n’aurait jamais vu ça. » Le gymnaste japonais Kenzo Shirai a lui été raillé par la foule pour chaque erreur dans son passage au sol : « Je ne me suis jamais senti aussi seul. »

Des comportements habituels en sports collectifs ou en boxe par exemple, mais inhabituels dans d’autres sports. En natation, des annonces officielles ont été diffusées pour demander le silence habituel avant chaque finale avec un brésilien.

En tennis, le public applaudissait toutes les fautes de l’argentin Juan Martin Del Potro. Pire, l’opposition entre les supporters des brésiliens et argentins a même débouché sur une bagarre dans les tribunes.


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Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois


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