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Les mystérieuses photos de Clermont-Ferrand prises au sténopé par Bruno Courteix

Publié par Bertrand le mercredi 29 avril 2015 à 12h05min, mis a jour le mercredi 29 avril 2015 à 12h09min - 4021 lectures

A l'ère de la photographie numérique et d'Instagram, la photographie argentique n'a pas disparu et trouve même de nouveaux adeptes qui expérimentent aussi des techniques très rudimentaires. C'est le cas de Bruno qui montre sur son site des photos prises avec une simple boite en bois...

Vous avez probablement souvent vu passer les photos de Bruno Courteix après des matches de l’ASM. On lui doit aussi la première photo du retour de Nalaga à l’aéroport d’Aulnat après des semaines d’attente. Bruno a élargi son champ d’action à d’autres sports et d’autres événements mais aussi à d’autres techniques.

Il a ainsi la lancé il y a quelques jours un tout nouveau site consacré à la photo avec son sténopé. On y découvre les rues de Clermont-Ferrand et les alentours avec un oeil complètement différent. Vous verrez sur son site des photos de Royat, Chamalières, la Place de Jaude, le Jardin Lecoq et toutes les futures photos de Bruno.

Le Jardin Lecoq

A l’ère du tout numérique et des appareils photos de plus en plus performant, Bruno nous présente ainsi des photos réalisées avec un dispositif très simple à la base même de la photo : une boite avec un trou inférieur au millimètre laissant passer la lumière et du papier photo pour la capter. Certains estiment d’ailleurs que la première photographie réalisée par Nicéphore Niépce aurait pu être faite avec un sténopé.

La technique fige l’instant avec des poses longues de plusieurs minutes qui vident les rues mais offre aussi une précision d’image extrême ou tout est net. Le rendu nous replonge ainsi tout simplement dans le charme des anciennes photos tout en donnant l’impression de revoir le début de la grande aventure photographique.

Interview de Bruno Courteix

Bonjour Bruno, on a appris à découvrir tes photos via celles de l’ASM, comment es-tu venu au Sténopé ?
Déjà, à la base, je pense être dans une espèce de nostalgie de ce que nous connaissions il y a quelques années et cela dans bien des domaine, dont la photo argentique, même si je n’avais jamais touché à la chimie du développement. Le sténopé est au paroxysme de cet intérêt. J’avais vu quelques photos réalisées par ce procédé et j’ai eu envie de m’essayer à cette pratique. L’occasion m’a été donnée l’an dernier à l’occasion d’une journée d’initiation par l’atelier photo argentique du Crous, animée par Lionel Faure, vrai passionné de photo argentique. La simplicité du procédé, le résultat obtenu m’ont épaté. En effet sortir une image en utilisant une simple cannette de soda percée d’un trou d’aiguille à coudre a de quoi surprendre.

Comment peux-tu décrire en quelques mots la technique ?
Déjà, pour bien comprendre, le sténopé c’est le trou, "l’optique". La technique est simple, même rudimentaire. Il suffit d’une boite étanche à la lumière, noire à l’intérieur, d’un trou de très petit diamètre, souvent inférieur à 0,5mm et d’un "obturateur" qui peut être un simple scotch noir. Une fois l’obturateur ouvert, l’image se retrouve projetée inversée au fond de la chambre noire, sur une surface sensible qui peut être une pellicule, un plan film, du papier sensible,un capteur numérique... J’ai opté pour le papier photo. Mais je n’ai rien inventé, tout ceci je l’ai découvert sur divers sites tenus par de vrais experts de la méthode.

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L’église de Royat : le négatif brut
Le sténopé permet d’obtenir un négatif papier qui sera ensuite transformé en positif.

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L’église de Royat après développement de la photo
Pour Bruno, cette photo illustre aussi la difficulté du cadrage. Contrairement à l’écran d’un appareil numérique, il n’a là aucun moyen de voir rapidement qu’il manque un bout de l’église

Que ce soit sur le matériel, la technique, le temps de pause, le développement... le Sténopé semble pour moi totalement à l’opposé du numérique mais y vois-tu des points communs ?
Le point commun puisqu’il y en a un, c’est l’impression de la lumière, par le matériel que j’utilise je n’en vois pas d’autre. Le papier étant si peu sensible, autour de 4 isos, l’ouverture à F270 nous sommes bien loin de ce qui se fait en photographie classique. De plus, il n’y a aucun contrôle de la photo à la prise de vue, le cadrage se faisant au jugé, pas moyen de se rendre compte en direct d’un quelconque ajustement à faire en terme de cadrage ou exposition. Il y a tout de même un énorme avantage à ces caractéristiques techniques : une profondeur de champ (zone de netteté) quasi infinie, une capacité à vider un lieu de tout ce qui est mouvement de par les temps de pose longs et l’absence de distorsion, même sur un grand angle. Enfin, pour mettre un maximum de chances de mon côté j’ai investi dans une vieille cellule de mesure de lumière.

A quoi ressemble une balade photo avec un sténopiste ? J’imagine que tu fais peu de chemin et peu de photos ?
Cela dépend du matériel, toujours en rapport avec le support sensible utilisé. J’en reviens au papier et ses 4 isos, les poses de plus de 10 minutes ne sont pas rares, dont une de 25 minutes même. Mais en plus de ce temps il me faut charger après chaque prise un nouveau papier non exposé dans une sorte de chambre noir portable en tissu dans laquelle il est possible de manipuler les papier en aveugle. Pour ce faire, avant de partir je prépare à la lumière inactinique 6 recharges de papier montées sur un carton plume en guise de plan film. Du coup sur une balade sténopé je ramène 6 négatifs, tous pris sur trépied évidemment. Mais il est vraiment très plaisant de redécouvrir la patience à travers ces poses très longues qui permettent aussi bien souvent d’amorcer un dialogue avec les passants curieux de savoir ce qui se trame dans cette boite.

Dernière question pour ceux qui voudraient se lancer. Est-ce que c’est compliqué et est-ce que ça coûte cher de démarrer ?
Le principe est simple et le matériel très abordable, excepté peut être la partie chimie / papier. La boite que j’utilise est en médium tapissé de canson noir. Le sténopé (trou) lui même a été acheté sur le très bon site Sténocaméra, sa qualité est importante puisqu’il s’agit de l’objectif. Cet appareil photo à sténopé m’est ainsi revenu à une trentaine d’Euros. Après reste à acheter le papier et la chimie ou alors rejoindre un club...

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Le nouvel appareil photo de Bruno
Pas d’écran de visée, pas d’objectif perfectionné,... mais un budget réduit. Même une canette de soda peut être transformée en appareil photo !

Ensuite j’ai voulu pousser le concept de l’appareil simple et pas cher jusqu’à la quasi gratuité en utilisant une boite en carton, un trou réalisé dans de l’alu récupéré (plus épais que l’alimentaire) avec un obturateur glissière en canson noir, et le résultat est très probant, mais la fameuse cannette alu de soda fera aussi l’affaire.

Il est aussi possible de se servir d’un vieux reflex, d’en percer le bouchon et de mettre devant un sténopé et d’utiliser des pellicules classiques.

Cela reste donc abordable et vaut le coup d’être essayé.

Merci Bruno et bonnes photos !


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Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois


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