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Lettre ouverte d’une cuisinière à la directrice du CHU Estaing pour que la restauration de l’hôpital change et contribue mieux à la guérison des patients

Publié par Bertrand le mercredi 28 juin 2017 à 11h27min, mis a jour le jeudi 29 juin 2017 à 09h03min - 18532 lectures

Bien connue des amateurs de cuisine dans la région, Clémence, cuisinière et blogueuse, a testé une nouvelle fois la gastronomie du CHU Estaing pour une hospitalisation de quelques jours. Le jour de sa sortie, elle a laissé une lettre à la directrice de l’établissement sur le contresens écologique et sanitaire des repas servis.

Dans son billet de blog Clémence explique assez bien le contexte de sa dernière hospitalisation. Si vous la suivez sur les réseaux sociaux, vous avez pu voir passer les photos peu ragoûtantes de ses plateaux repas. Cuisinière de formation, et formée tant sur la restauration collective qu’hospitalière, Clémence a adressé une lettre s’étonnant de la cuisine servie mais aussi de certaines pratiques telles que les feuilles de goût qui ne servent à rien :

Première remarque : les « feuilles de goûts » que vous distribuez en début d’hospitalisation semblent rester lettre morte puisque j’ai eu sur mes plateaux tout ce que j’avais coché comme « ne voulant pas consommer ». Cela doit être d’ailleurs un vrai pensum pour les aides soignantes de renseigner ces grilles pour chaque patient. Aides soignantes qui étaient bien désolées d’ailleurs de ne pouvoir modifier un tant soit peu le plateau attribué à la patiente que je suis puisqu’apparemment, toute latitude leur est peu à peu enlevée. On en arrive à des aberrations où l’on augmente le gaspillage alimentaire puisque ce qui n’est pas consommé doit être jeté, par mesure d’hygiène.

Mais c’est bien entendu le contenu de l’assiette qui l’a le plus désolé. Extraits :

Rien n’a de goût, rien n’a de texture, rien n’a de couleur. Tout est surgelé, standardisé, surcuit (à part vos escalopes de poulet et autres rôtis qui restent tendres, car ils sont bien cuits en température basse, pour préserver le maximum de poids au final). Tout baigne dans des graisses saturées, hydrogénées, et bon marché. La vinaigrette dont tout est arrosé, n’a aucune saveur, elle est juste grasse, épaisse et blanchâtre pour mieux souligner la fadeur de l’ensemble. Aucune mention de la provenance des produits évidemment, ni de la composition des farces, panés fromagers écœurants et mauvais pour la santé, saucisses ultra mixées, sucrées, trafiquées.

Il est également incroyable que 3 plateaux sur 4 proposés ne proposent même pas une crudité. Un légume cru par repas me semble être la base d’une alimentation saine et équilibrée. Or je n’ai pas vu de mon séjour une feuille de salade, pas un légume de saison, à part des tomates élevées aux pesticides dans des contrées lointaines. Je ne comprends pas que vous fassiez le choix des légumes hors saison, poussés aux engrais et surcuits pour soutenir le mieux être de vos patients.

Aucune vitamine, aucun nutriment, aucune étincelle de vie ne doit être ingurgitée par les personnes hospitalisées chez vous. Alors que nous sommes tous lorsque nous passons entre vos mains dans une situation d’urgence qui nécessite justement le plus de soin pour nos assiettes et le maximum de vie à chaque bouchée. Vous remplissez des ventres sans vous soucier du plaisir et de la valeur fondamentale de la nourriture. Le seul et unique souci : l’hygiénisme, le risque zéro et le coût de l’assiette.

Je vous laisse lire l’intégralité de sa lettre sur son blog. Elle l’a écrite pour que la directrice « entende sa voix car elle est sincère et parce que je suis persuadée qu’une amélioration est possible en respectant les budgets, votre personnel et vos patients. » Nul doute que des milliers de patients rêvent aussi que sa lettre soit un peu prise en compte.


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Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois


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