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L’UNESCO renvoie le classement de la Chaîne des Puys au patrimoine mondial

Publié par Bertrand le lundi 23 juin 2014 à 15h55min, mis a jour le lundi 7 juillet 2014 à 23h10min - 7605 lectures - 1 partage

Le comité de l'UNESCO a finalement étudié ce lundi après-midi le dossier de classement de la Chaîne des Puys et la faille de Limagne au patrimoine mondial et décidé de son renvoi pour complément d'informations.

Après l’avis négatif sur le dossier de l’UICN, Union Internationale pour la Conservation de la Nature en France, les débats ont été longs entre les états membres du comité de l’UNESCO réuni à Doha au Qatar.

L’UICN, une ONG mandatée par l’UNESCO pour analyser les candidatures, avait dressé une liste importante de points négatifs dans son rapport final : paysage spectaculaire mais pas unique et des caractéristiques pas spécialement distinctives, un manque de reconnaissance et d’études mondiales, plan de gestion insuffisant, intégrité naturelle du bien compromise par les impacts de l’homme...

L’UICN avait alors proposé d’envisagé la nomination de l’ensemble de la Chaîne des Puys et de la faille de la Limagne comme geoparc mondial de l’UNESCO. Ce label permettrait « une approche intégrée de l’étude du paysage en général et de toutes ses valeurs. »

La session du 38ème comité mondial pour le patrimoine a montré une divergence de vue importante sur le contenu du dossier. Pour le représentant français « c’est un dossier complexe qui illustre ce qu’on appelle le patrimoine. Sur les divergences scientifiques, la France est convaincue que ce bien est didactique du point de vue des sciences de la terre. Des évaluations ont été faites par les plus grands experts en géologie et tectonique. » Pour lui « la valeur unique existe et elle est scientifiquement constatée. Cette candidature se fonde sur les éléments représentatifs des grands stades de l’histoire de la Terre. »

Mais l’UICN a maintenu son avis et estimé que la chaîne des puys est « un site qui a une importance régionale. Mais au niveau mondial, la valeur exceptionnelle doit encore être démontrée. »

Ces divergences de vue entre les membres du comité de l’UNESCO mais aussi entre la France et l’UICN sur le dossier et la valeur patrimoniale expliquent la grande difficulté à trouver un consensus. Les membres réunis ont donc ajouté et voté tous les paragraphes un à un quand ce ne fut pas mot par mot. Un exercice diplomatique particulier dans lequel apparaissaient plus clairement les bonnes ententes et accords entre pays que des points de vue sur le dossier et la divergence technique et scientifique.

 Bataille sur le renvoi ou le différé

Les membres réunis ont adopté un paragraphe demandant de « préciser les éléments tectoniques et structurants sur laquelle se base la valeur universelle » avec une nouvelle étude approfondie. Les pays membres demandent ainsi à la France d’accueillir une mission consultative pour déterminer le caractère exceptionnel de l’ensemble, point sur lequel l’UICN s’était montrée très réservée.

Concrètement l’objectif est d’approfondir le dialogue entre la France et l’UICN sur cette différence d’analyse scientifique mais aussi de montrer la valeur mondiale.

Il y a surtout eu une longue bataille diplomatique entre différer et renvoyer la décision. La présidente a d’ailleurs fait appel au conseiller juridique pour savoir quelle majorité était nécessaire pour adopter le paragraphe et certains pays ont demandé la différence entre les deux. L’UICN a donc reprécisé pendant les débats la différence entre les deux options qui s’offraient aux pays membres :

  • renvoyer : le dossier pourra être présenté au comité suivant pour examen. Un complément d’information sans nouvelle mission ni nouvelle visite est demandé.
  • différer : le comité estime qu’il faut une analyse approfondie ou modification substantielle. Il s’agit alors d’un processus nouveau avec un nouveau dossier et une nouvelle visite des organisations consultatives. Un processus beaucoup plus long.

Dans ce débat diplomatique austère, on notera l’intervention humoristique du Sénégal qui souhaitait « donner une chance à une bonne concertation entre l’UICN et la France » et a ainsi proposé que les représentants des deux parties « se retrouvent dans une salle pour boxer et s’entendre. »

 Le renvoi préserve de bonnes chances

C’est finalement le renvoi qui a été choisi soit la procédure la plus courte pour représenter le dossier au prochain comité de l’UNESCO l’an prochain. Une déception car la Chaîne des puys devra patienter et retravailler son dossier mais qui préserve tous les espoirs d’un classement lors de la prochaine session du comité l’an prochain.

Par le passé d’autres sites ont été classés après avoir été renvoyés par le comité de l’Unesco. Le plus proche géographiquement est probablement le cas des Causses et Cévennes. Le site a été classé en 2011 après avoir échoué en 2006 puis en 2009 aux portes du classement au patrimoine mondial de l’Humanité. A l’époque, le comité reconnaissait bien « la valeur universelle » des Causses et Cévennes mais avait exigé un complément d’information portant sur une meilleure définition du périmètre et des activités agropastorales.

La France et le Conseil général ont maintenant un an pour convaincre de l’intérêt scientifique et mondial de la Chaîne des Puys mais aussi sans doute pour trouver les appuis diplomatiques pour que la candidature soit retenue.


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Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois