Cyberbougnat

Sébastien Pissavy raconte l’incroyable odyssée de jeuxvideo.com dans un livre

Publié par Bertrand le vendredi 26 avril 2013 à 14h59min, mis a jour le vendredi 26 avril 2013 à 15h16min - 1813 lectures

Quelques mois après avoir quitté la direction du célèbre site qu'il avait confondé, Sébastien Pissavy publie un livre pour raconter l'histoire d'un site auvergnat leader en Europe dans son domaine.

Quelques mois après avoir quitté la direction du site jeuxvideo.com, Sébastien Pissavy en raconte l’histoire dans le livre Jeuxvideo.com – une odyssée interactive qui vient de paraître aux Editions Pix’n Love.

L’entrepreneur y décrit l’enthousiasmante aventure qui lui a permis avec ses associés de transformer une passion en une entreprise devenue le média vidéoludique leader en Europe. Jeuxvideo.com est en effet aujourd’hui un mastodonte hébergé sur plus de 60 serveurs de haute technologie, employant près de 40 personnes et accueillant plus de 4 millions de visiteurs uniques chaque mois ! Et tout cela sans bouger d’Aurillac où l’entreprise est installée depuis ses débuts.

Interview

Sébastien Pissavy a répondu à quelques questions pour nous expliquer pourquoi et comment il a écrit ce livre.

Cyberbougnat : Dis moi, tu n’as pas encore 40 ans, tu n’es pas un peu jeune pour écrire tes mémoires ?
Sébatien Pissavy : Si, clairement ! Ca a un petit côté Loana à la sortie du Loft, qui avait publié sa bio à 24 ans !

Plus sérieusement, que racontes-tu dans ton livre ?
C’est l’histoire de jeuxvideo.com, ou comment trois péquins de province, sans le sou, sans expérience ont bricolé un site d’information sur les jeux vidéo qui est devenu en quelques années le média leader en Europe dans son domaine.

Le propos n’est donc pas de parler de moi, mais de jeuxvideo.com. Evidemment, c’est moi qui raconte l’histoire donc je retrace quelques anecdotes de jeunesse, notamment mes premiers pas en informatique ou dans les jeux vidéo, qui expliquent que j’en sois venu à cofonder jeuxvideo.com.

D’ailleurs, j’en profite pour préciser que le bandeau rouge amovible qui entoure le livre « l’incroyable histoire du créateur de jeuxvideo.com » est un raccourci marketing. D’abord parce que c’est moins mon histoire que celle de jeuxvideo.com. Et parce que je ne suis pas le « créateur » de jeuxvideo.com, mais son cofondateur, et dirigeant pendant 15 ans.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de l’écrire ? Est-ce pour toi une manière de fermer définitivement l’aventure Jeuxvideo.com avant de passer à autre chose ?
Ca fait plusieurs années que j’avais envie de raconter cette histoire qui m’est tombée dessus et qui est tout sauf banale. Avec la naissance de ma fille en 2009, j’avais en plus l’envie de laisser une trace de cette aventure qu’elle n’aura pas connu. Avec mon départ de l’entreprise en août dernier, j’ai enfin disposé du temps nécessaire pour mettre à exécution ce vieux projet qui me trottait dans la tête.

C’est enfin une manière de clore le chapitre jeuxvideo.com de ma vie, ce qui n’est pas simple lorsqu’on a vécu pendant tant d’années pour ce projet.

Est-ce que la rédaction de ton livre t’a appris des choses sur ce site que tu connais par coeur ?
On ne peut pas dire que j’aie appris des choses, mais ça m’a permis de me souvenir de certaines anecdotes que j’avais oubliées avec le temps. Je pense, par exemple, à cet internaute sur nos forums qui , un beau jour, a hacké un site de l’armée américaine, signant son acte par un message non dénué d’humour, mais qui s’est retrouvé assez vite poursuivi par Interpol !

Comment l’as-tu écrit ? Tu tenais un journal ? Tu as des archives avec tous tes messages et discussions de ces années ?
Au tout début de jeuxvideo.com, comme mes co-associés étaient à distance, j’avais pris l’habitude de leur faire chaque soir un résumé du événements de la journée, et cela pendant 4 ans. J’avais donc une matière première de choix pour le livre. Par ailleurs, j’ai conservé tous mes emails depuis 1997, ce qui représente 150.000 mails envoyés, et je ne compte pas les emails reçus ! Le gros du travail a été de relire tout cela, de sélectionner ce qui méritait d’être mentionné dans le livre et de le mettre en forme.

De nos jours, ce serait plus compliqué. Dans 10 ans, comment retrouverons-nous nos discussions Facebook actuelles ? Seront-elles seulement archivées ? Ca donne à réfléchir sur la pérennité de l’information qu’on émet, qu’elle soit publique ou pas. Au moins, mes emails, ils étaient sur mon disque dur ! Le plus dur a été de trouver un utilitaire qui sache lire les vieux emails au format Outlook Express (.DBX).

Entre l’ETAJV en fichier d’aide, le minitel, puis le développement du site... refaire l’histoire de jeuxvideo.com a du un peu ressembler à refaire l’histoire d’internet non ?
Oui ! C’est d’ailleurs marrant de se replonger 15 ans en arrière quand je copiais l’ETAJV sur des disquettes trois pouces et demi, et que notre source unique de revenus était notre serveur minitel en 3615 !

Je suis d’ailleurs en train de lire La théorie de l’information qui est un roman retraçant cette période de l’évolution des technologies, depuis les années 70 jusqu’à nos jours, en s’inspirant de l’histoire de Xavier Niel (sans le nommer). C’est un journaliste qui m’a conseillé cette lecture à laquelle lui faisait penser mon modeste ouvrage. Sauf que mon bouquin à moi n’est pas un roman :-)

J’imagine toutefois que tu n’avais jamais imaginé que le sujet du BAC atterrirait un jour sur ton site ou est-ce un phénomène que tu vu venir petit à petit ?
Oui, l’affaire du bac 2011, on ne l’a absolument pas vu venir. Il y avait certes déjà eu beaucoup de péripéties sur nos forums, dont le fake de la mort de Jean Dujardin quelques mois plus tôt. Mais, avec l’affaire des sujets du bac, nous étions vraiment sous les feux de l’actualité.

Il faut dire que pendant deux ou trois jours, l’affaire a fait la une de tous les journaux ! C’était un moment critique, on redoutait que cette affaire prenne un tour accusateur vis-à-vis de jeuxvideo.com qui n’était pourtant pas responsable de ce qu’avait pu diffuser un de ses membres sur son forum.

Plus généralement, est-ce que ton livre contient aussi des conseils à ceux qui veulent se lancer dans la création d’entreprise ?
Il y a quelques conseils distillés directement à l’attention de gens qui voudraient tenter l’aventure entrepreneuriale. Mais je ne voulais pas en faire uniquement un livre pour entrepreneurs. Donc, c’est surtout de l’histoire dans sa globalité, de nos ratages, de nos succès que les candidats à la création d’entreprise pourront tirer des enseignements.

Tu es un amoureux du Cantal mais tu t’es aussi parfois énervé sur son état d’esprit. Est-ce que tu parles dans ce livre des péripéties de la création d’entreprise à Aurillac ?

C’est effectivement en filigrane dans le livre, puisqu’Aurillac est cité 68 fois ! La question de notre implantation a fait l’objet d’un débat avec mes associés dont l’un était grenoblois et l’autre toulousain. Dans leur esprit, il fallait implanter la boîte dans l’une ou l’autre de ces métropoles régionales dynamiques. S’installer à Aurillac n’était, à leurs yeux, pas le meilleur moyen de se lancer. Pourtant, après quelques jours de débat, j’ai obtenu gain de cause, mais ça n’a pas été facile !

Je parle aussi un peu de l’enclavement géographique, inconvénient majeur de notre implantation auvergnate. Mais je précise aussi qu’aux tout débuts de notre histoire, par la fenêtre de mon bureau à une cinquantaine de mètres, je pouvais voir des vaches Salers ! Peu de créateur de start-up peuvent en dire autant !

Au fait, n’est-ce pas un peu "étrange" d’écrire un livre quand on a pris l’habitude de l’instantanéité d’internet, du blog... ?
C’est très frustrant. Quand on écrit un blog, on a des encouragements tous les jours par le biais des commentaires. Ecrire un livre, c’est un travail solitaire. Ca dure des mois, il ne faut pas arrêter trop longtemps, sinon c’est difficile de reprendre. Il faut vraiment être plongé dedans. J’écrivais tous les matins, et j’avais besoin de le faire vraiment tous les jours.

Et puis, il y avait aussi la difficulté de la taille. Sur une note de blog, on a assez vite une très bonne idée de ce qu’on veut écrire, ou de ce qu’on a écrit. Et si on a un doute, il suffit de le relire intégralement. Pour un bouquin de plus de 200 pages, tout relire est exclus, ça prend des heures ! J’ai donc ressenti une double frustration : avoir l’impression de moins maîtriser mes écrits que lorsque je blogue, et surtout de ne pas avoir de retour des lecteurs, et devoir attendre de longues semaines avant la publication.

D’ailleurs, ce fossé entre le livre et le blog mériterait d’être comblé. Je crois qu’il y a une place pour un format numérique entre les blogs et les livres. Car pour l’instant, c’est un peu le grand écart entre l’instantané du blog et la lecture au long cours du livre. Je pense qu’il pourrait y avoir un marché pour des livres d’une trentaine de pages en format numériques, à prix réduits.

Ces ebooks seraient plus longs que des articles, donc pourraient permettre de mieux développer les idées de l’auteur. Ils correspondraient plus à l’attente du public qui lit malheureusement de moins en moins des livres de plusieurs centaines de pages... Il n’y a qu’à voir le succès du bouquin de Stéphane Hessel. S’il avait fait 300 pages vendu à 20€, on n’en aurait jamais parlé. Le succès de ce livre, c’est avant tout un succès de marketing !

Je te disais que tu es jeune pour écrire tes mémoires mais c’est aussi vrai pour la retraite... Tu as une idée de ce que tu vas faire maintenant ?
J’ai quelques idées. Avec jeuxvideo.com j’étais éditeur, j’aimerais faire autre chose mais toujours dans l’édition. En la matière, beaucoup de choses n’ont pas encore été tentées sur le web. Je suis à l’écoute des opportunités, j’essaie de lire beaucoup, de rencontrer des gens pour entretenir ma créativité :-)

Merci Sébastien et bonne chance pour ton livre et tes nouvelles aventures.

Jeuxvideo.com – une odyssée interactive

Disponible depuis le 23 avril 2013 sur http://www.editionspixnlove.com et en librairies à partir du 23 mai 2013 au prix de 19 euros.


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Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois


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