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Les archéologues réagissent aux propos des élus clermontois sur les fouilles

Publié par Bertrand le vendredi 2 novembre 2012 à 08h43min, mis a jour le vendredi 2 novembre 2012 à 08h43min - 3990 lectures

Les archéologues ont réagi aux propos récurrent de Serge Godard et Dominique Adenot concernant les fouilles archéologiques.

L’Intersyndicale de défense du service public de l’archéologie / Auvergne a envoyé mi-octobre un courrier à Serge Godard pour lui demander un rendez-vous concernant l’archéologie préventive et certaines prises de position des élus clermontois.

L’intersyndicale reproche ainsi à Serge Godard et Dominique Adenot d’avoir « violemment dénigré l’intérêt des opérations d’archéologie préventive, mettant en accusation les agents en charge de la préservation du patrimoine archéologique, dénonçant le prix soit-disant prohibitif des fouilles préventives, sur la base de chiffres totalement infondés. »

Le courrier fait ainsi référence à des propos tenus et chiffres donnés par Dominique Adenot fin septembre sur le coût des fouilles. L’adjoint à l’urbanisme avait ainsi parlé de « cinq millions d’euros pour les fouilles sur le site Kessler-Rabanesse. » Il avait aussi ironisé sur les fouilles du Carré Jaude 2 : « Il est passionnant de savoir qu’en 200 après Jésus-Christ, ce coin de la place de Jaude servait de pipi-room à nos ancêtres ! Cela valait bien 3 ou 4 millions d’euros. » Le Maire de Clermont s’était lui prononcé concernant l’éco-qartier Champratel et avait « souhaité que le planning ne soit pas remis en cause par des fouilles archéologiques. »

Concernant le Carré Jaude, l’intersyndicale corrige le chiffre et rappelle que « la fouille a en réalité été facturée moins de 1,8 million, dont une partie prise en charge par l’Etat via le Fonds National d’Archéologie Préventive. »

Le courrier ajoute que « l’ensemble de la communauté archéologique de la région s’indigne de ces propos mensongers et récurrents qu’elle subit trop régulièrement à travers la presse régionale. »

Pour les archéologues, « les connaissances historiques acquises ses dernières années grâce à l’archéologie préventive ne sont jamais évoquées par les élus municipaux et les fouilles archéologique ne sont vues que comme une contrainte économique, sans être valorisées comme elles peuvent l’être dans d’autres villes. »

Il est vrai que si un musée sur les découvertes archéologiques gallo-romaines est parfois évoqué, et pourrait faire partie d’un programme électoral, à Clermont la mise en valeur des découvertes archéologiques est très discrète. Assez étonnant pour une ville située au pied de Gergovie et ayant une statue de Vercingétorix comme symbole. Le patrimoine gallo-romain de la ville est ainsi clairement très peu mis en avant. Seul le pied en bronze trouvé à l’ancienne Gare Routière a bénéficié d’un traitement de faveur

Pour les archéologues, « Dominique Adenot cherche systématiquement à minimiser les découvertes archéologiques, souvent considérées comme exceptionnelles par l’ensemble de la communauté scientifique à l’échelle française ou européenne. »

Enfin, l’intersyndicale, rappelle que « la population clermontoise est pourtant attachée à son patrimoine archéologique, comme en témoignent les nombreux visiteurs présents lors de journées portes-ouvertes sur les chantiers de fouille (pour mémoire, plus de 1200 visiteurs sur une journée de visite du chantier de l’lNRAP à Jaude). » Ainsi l’intersyndicale sollicite un rendez-vous afin que « les propos diffamatoires cessent définitivement. »

Un patrimoine peu mis en valeur

Le sujet des fouilles préventives est épineux et revient dans tous les projets et de nombreuses discussions depuis plusieurs années. Le principe général des fouilles est que la meilleure protection pour les vestiges est qu’ils restent enfouis dans le sol. Le processus de destruction est engagé du moment qu’ils sont mis à l’air libre. Si des travaux atteignent les vestiges, il faut donc fouiller pour récolter et mémoriser les vestiges.

Clermont et la région bénéficient d’un riche passé. Donc où que l’on creuse, on risque de tomber sur de nouvelles découvertes plus ou moins importantes. Ce fut le cas au Carré Jaude 2, à la Gare Routière avec le fameux pied en bronze, à Trémonteix et ce sera le cas aussi très certainement à l’Hôtel Dieu. IKEA a de son côté réussi à éviter les fouilles en modifiant la disposition du magasin pour ne pas endommager le patrimoine.

Si la préservation du patrimoine est une contrainte légale, les élus pointent très souvent le coût supplémentaire des travaux et le retard. Pourtant d’une manière générale, les élus savent très bien qu’il faut passer par l’étape fouilles, donc ce n’est pas vraiment une surprise pour eux.

De plus, ils parlent beaucoup rarement de l’intérêt culturel mais aussi touristique et économique que peuvent représenter certaines découvertes. Le fameux pied est une exception. Si le passé ne doit pas empêcher le présent et le futur de se construire, préserver la partie la plus remarquable de notre patrimoine est aussi un nécessité et peut être aussi une opportunité.


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Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois