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Olivier Bianchi pris dans le piège des trolls de Toulon

Publié par Bertrand le lundi 30 novembre 2015 à 16h17min, mis a jour le mardi 1er décembre 2015 à 09h12min - 991 lectures - 3 partages

Il existe une injonction très connue sur Internet depuis que nous passons des heures à discuter dessus : « Don’t feed the troll », traduisez « ne nourrissez pas les trolls ». Pour ne pas l’avoir respecté, le maire de Clermont se retrouve pointé du doigt pour ses propos sur Twitter alors qu’à l’origine il répondait à des insultes le visant.

 Le troll, cet animal dangereux pour les idées

Mais rappelons d’abord ce qu’est un troll. Employé depuis le début des années 90 sur internet, le mot ferait référence à une créature monstrueuse peu amicale ou agressive du folklore scandinave. Le verbe troller viendrait aussi d’une technique de pêche passée dans le langage militaire puis courant américain avec la signification « chercher à provoquer des réactions. » Le mélange des deux origines décrit bien le troll que l’on croise sur internet tous les jours.

Le troll est ainsi d’un personnage dont l’incursion dans une discussion va la faire dériver vers un grand n’importe quoi. Le troll prend un général un bout de discussion, répond sur un tout autre point dans le but d’énerver ses interlocuteurs et laisse ensuite la sauce monter. En général il agit par l’absurde, l’insulte, l’opposition systématique, la moquerie, l’orthographe, le langage...

Il l’emporte quand les participants au débat tombent dans le piège. Ainsi quand le sujet « part en troll » on assiste à une discussion stérile, et souvent puérile, éloignée du sujet initial. L’injonction « Don’t feed the troll » est comme un pancarte au zoo vous indiquant d’enlever vos doigts de la grille. Comme on l’enseigne en cours et formations à ceux qui doivent s’occuper des réseaux sociaux d’une manière professionnelle, n’essayez pas de combattre le troll avec des arguments dont-il se n’a que faire. Il se nourrit de vos paroles, les tourne en dérision, et finit par l’emporter. Ce qui est arrivé ce week-end à Olivier Bianchi est un bon exemple.

 Rappels de la discussion de départ

Vendredi, la veille du match contre Toulon, Olivier Bianchi montre son soutien à l’ASM Clermont Auvergne et son président en rappelant qu’il préfère le modèle clermontois à celui du RCT même si ce dernier enchaîne les titres.

Une réaction à un article dans lequel Olivier de Cromières soupçonne Mourad Boudjellal de ne pas bien respecter le salary cap et se dit être « songeur » mais « pas du tout envieux » sur le recrutement et la politique sportive du RCT. Cela aurait pu être un élément d’une discussion qui existe d’ailleurs chez les supporters clermontois lassés des défaites en finales. Il y a quelques mois certains jalousaient les résultats de Toulon et s’inquiétaient du recrutement clermontois.

Mais après la large victoire de Toulon (9-35), ce tweet peut apparaître un peu flagorneur et va être la cible des moqueries des certains supporters varois encore pris dans la jouissance d’une victoire bonifiée au Michelin inimaginable quelques heures plus tôt. Et c’est dans cette euphorie qu’intervient le troll toulonnais.

https://twitter.com/JulienBeth/status/670955560926334980

C’est un cas très classique du troll : il sort le message de son contexte en prenant un message d’avant le match et réagir dessus après. Un cas très classique qui fausse dès le départ toute discussion.

 Olivier Bianchi nourrit les trolls

Oubliez alors la discussion potentielle sur le fond, débute alors un incroyable échange nourri par la réponse du maire clermontois ne respectant par l’injonction « Don’t feed the troll ». Non seulement il répond, mais répond sur le même esprit.

En prenant cette décision, Olivier Bianchi rentre dans la logique du troll, dont le compte twitter ne laissait pas transparaître beaucoup de sérieux. Ce dernier n’a plus qu’à agiter le chiffon rouge (et noir) tant pour faire courir le maire que pour rameuter d’autres supporters.

https://twitter.com/JulienBeth/status/671025611977175041

Le plus fort avec les trolls c’est qu’ils s’en sortent bien et peuvent ensuite regarder le vacarme créer avec le sourire. Le tweet insultant toulonnais de départ va passer inaperçu mais la réponse incongrue dans la bouche d’un élu va elle prendre en visibilité. Les toulonnais se permettront même de faire la morale au maire clermontois !

La vitalité du réseau social fait le reste. L’échange va rapidement faire le tour des supporters toulonnais puis déborder au monde de l’ovalie. Si bien que d’autres se joignent à la "discussion" qui monte dans les tours sans que finalement on ne sache vraiment de quoi tout le monde parle. En voulant se défendre des injures publiques, Olivier Bianchi devient la cible. Ceux qui veulent défendre le maire se font descendre par un troll désormais plein d’assurance après un tel festin.

https://twitter.com/JulienBeth/status/671271499660136448

Le troll a ainsi gagné la partie.

 Olivier Bianchi remet une pièce dans la machine

Le dimanche soir, tout cela aurait pu se tasser. Mais Olivier Bianchi va remette une pièce dans le jukebox et offrir une nouvelle danse aux trolls. Il publie ainsi un tweet montrant sa satisfaction d’avoir défendu l’ASM. En fait il s’est plutôt défendu lui même et la forme pose problème.

Comprenant rapidement le dérapage, il précise son propos quelques minutes plus tard.

Mais c’est trop tard et cela ne fait que raviver la discussion. Ceux qui n’ont rien suivi de l’échange, et n’ont donc pas vu les insultes initiales du supporter toulonnais, ne peuvent pas laisser passer l’emploi du mot « beaufs » associé à leur ville.

Mais avouez, qu’à Clermont et en Auvergne on aurait fait de même. Nous montons nous aussi dans les tours quand notre ville et notre région sont attaquées.

 Le Maire de Toulon s’en mêle

Ce brouhaha numérique est arrivé aux oreilles du maire de Toulon, ou de ses équipes, qui va lui donner un petit tour politique. Hubert Falco prends logiquement la défense de sa ville et ses habitants outragés. Il réagit d’abord sur son site puis sur Twitter.

Une réaction logique d’élu qui défend sa ville, c’est aussi là son rôle. Une trop belle occasion, surtout en période électorale, de se positionner en amoureux de sa ville et de son club tout en allumant un élu d’une famille politique adverse. Olivier Bianchi aurait peut être fait de même.

Hubert Falco aurait aussi dû vérifier les insultes préalables, mais dans une discussion où agissent les trolls cela n’a guère d’importance. La preuve, les toulonnais se félicitent de la réaction de leur maire.

Mise à jour : Interrogé lundi soir par La Montagne Olivier Bianchi aurait d’ailleurs apprécié que le maire adverse le fasse : « J’aurais aimé que monsieur Falco ait la courtoisie de lire l’intégralité des messages et des insultes que j’ai reçus. Si la situation avait été inversée et qu’il avait été insulté par des supporters de l’ASM je lui aurais apporté ma solidarité. »

Même Jean-Pierre Brenas en profite pour arriver en grand sage faisans la leçon sur le respect, oubliant peut être lui aussi un peu trop vite qu’il a son lot de trolls dans ses équipes. La dernière campagne municipale fut un grand moment sur ce plan.

 Bilan

Voici donc comment un tweet qui aurait dû rester dans le néant lance une polémique qui devient très visible. On la trouve dans les médias locaux et il ne manquerait que plus qu’elle apparaisse dans les médias nationaux ou le Petit Journal de Canal+. Pour le coup on passerait bien pour des beaufs.

En ne respectant pas l’injonction « Don’t feed the troll », Olivier Bianchi a fait une jolie boulette. Je comprends sa volonté de répondre mais en le faisant de cette manière il a donné du grain à moudre au troll. Les internautes étaient d’ailleurs nombreux à estimer qu’il n’aurait pas dû répondre.

Et rappelons qu’au final le troll reste un troll et qu’il continue à s’amuser et à flairer le poisson.

https://twitter.com/JulienBeth/status/671058638564368384

Seule solution pour le faire taire, l’affamer ;-) Don’t feed the troll ! 


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Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois


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