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A Clermont-Ferrand, le mouvement Nuit Debout s’installe Place de Jaude

Publié par Bertrand le jeudi 7 avril 2016 à 11h14min, mis a jour le jeudi 7 avril 2016 à 11h18min - 2346 lectures - 1 partage

Lancé à Paris après la manifestation contre la loi travail, le mouvement Nuit Debout s’étend petit à petit à toute la France. À Clermont, il s’est installé Place de Jaude et organise la projection du film « Merci Patron ! » samedi.

Comme dans beaucoup d’autres villes, à Clermont-Ferrand, le mouvement est encore limité. Le premier rassemblement ce mardi 5 avril a mobilisé une trentaine de personnes sous la pluie jusque tard dans la nuit au pied de Vercingétorix. Une première pour rassembler les premières énergies, prendre ses marques et commencer à s’organiser.

Sur internet la mobilisation est plus forte. En quelques jours le page Facebook Nuit Debout Clermont-Ferrand a déjà attiré près de 700 membres. Elle relaie les actions et les mots d’ordre. Le compte Twitter en fait de même tout en relayant le hashtag #NuitDeboutc et ce qui se fait dans les autres villes. Mais la mobilisation n’est pas que numérique. Les initiateurs organisent un collage d’affiche, tractent et mobilisent les relais pour le premier gros rendez-vous qu’ils espèrent très visible ce week-end.

Ils organisent en effet la projection du film « Merci Patron ! » de François Ruffin ce samedi 9 avril sur la Place de Jaude à la tombée de la nuit (20h30) et en plein air. Ils poursuivent ainsi la mobilisation après la manifestation qui aura débuté à 14h Place du 1er Mai. C’est aussi ainsi qu’est née la première Nuit Debout Place de la République à Paris.

Mais le mouvement n’est pas si spontané qu’il y parait. Son histoire s’inscrit dans le succès dans les salles de cinéma du documentaire à petit budget au point de dépasser un public traditionnel militant. Frédéric Lordon pressentait d’ailleurs dans Le Monde Diplomatique que le film pouvait être un déclencheur :

« Ça n’est pas un film, c’est un clairon, une possible levée en masse, un phénomène à l’état latent. De cet événement politique potentiel, il faut faire un événement réel. »

Encore fallait-il lancer la mobilisation. Dans la foulée, le journal Fakir, qui a produit le film, a donc pris l’initiative d’une soirée "Leur faire peur" à la Bourse du travail le 23 février dernier. C’est là qu’est née l’idée derrière le mort d’ordre « après la manif, je ne rentre pas chez moi » et qu’elle s’est organisée avec des tracts, site internet, projection du film...

Avant ce premier grand rendez-vous clermontois, les initiateurs s’activent pour rassembler avec la Place de Jaude, épicentre de notre ville, comme camp de base. Une assemblée générale est ainsi organisée ce vendredi à 17h45 Place de Jaude pour travailler sur la journée de samedi, les actions à venir et faire avancer les idées. Pour les initiateurs clermontois, « occuper la place de Jaude, ensemble, peut être l’occasion d’échanger, de débattre des luttes en cours, de nos revendications, mais aussi passer un moment convivial, partager un verre, un repas, des savoirs faire, refaire le monde, se réapproprier l’espace, écouter des concerts et élaborer ensemble les bases d’une société d’avenir... »

Si le mouvement Nuit Debout a émergé lors de la mobilisation contre la loi travail, il est issu d’un raz-le-bol contre la marche actuelle de la société, la défiance vis à vis du monde politique et économique. Il s’appuie sur un élan populaire où chacun souhaite pouvoir venir s’exprimer sur l’avenir :

«  Alors nous appelons les salarié-e-s, les précaires, les privé-e-s d’emploi, les étudiant-e-s, les lycéen- ne-s, les sans-papiers, les réfugié-e-s, les mal logé-e-s, les sans abris, les paysan-ne-s, les ZADistes, les intermittent-e-s, les retraité-e-s, les féministes, les écolos, les anti-racistes, les internationalistes, habitant- e-s des centres villes, des quartiers populaires, des campagnes, les opposant-e-s à l’état d’urgence, les collectifs de lutte contre la répression et les violences policières... à converger, à construire, à occuper la place de Jaude !  »

C’est donc un espace infini de débat sur notre société qui s’est ouvert à tous un peu partout en France mais dans lequel « les étiquettes doivent être laissées en dehors. » Le mouvement est en rupture avec un ordre politique qui n’est plus reconnu comme légitime, avec lequel il refuse, pour de bon, de discuter. L’ambition collective est de construire « un projet politique ambitieux, progressiste et émancipateur » quand aucun homme politique ne semble actuellement en mesure de porter un projet autre que personnel. Le mouvement est aussi en rupture avec les modes d’action classiques, dont les fameuses grèves générales, et a ses gestes pour organiser les échanges dans la bienveillance.

Le rassemblement entend ainsi reconquérir l’espace publique et démocratique dans une forme qui ressemble beaucoup du mouvement « Occupy » en 2011, au succès mitigé, et des « indignés » espagnols, dont a émergé trois ans plus tard Podemos après une mobilisation très large dans un pays bien plus meurtri par la crise. En attendant de savoir s’il aura le même destin politique, Nuit Debout s’étend à toute la France et cherche à toucher toutes les classes sociales pour tracer un chemin avec de vraies perspectives de transformation.


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Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois


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