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Menace sur les commissariats de Cournon et Gerzat

Publié par Bertrand le mercredi 3 février 2016 à 07h45min, mis a jour le jeudi 10 mars 2016 à 07h16min - 1389 lectures - 1 partage

Contraint de faire des économies, mais croulant sous le poids d’une administration centrale incapable de se réformer, notre Etat abandonne petit à petit le coeur de ses missions en faisant des économies sur le terrain. En voulant supprimer les commissariats de Cournon et Gerzat, il abandonne même tout simplement ses missions régaliennes et joue un jeu dangereux pour notre sécurité.

Par une circulaire du 16 décembre 2015, le directeur central de la sécurité publique a missionné le directeur départemental de la sécurité publique pour une réorganisation des services territoriaux. Il préconise la fusion de la circonscription de sécurité publique de Clermont-Ferrand avec celle, limitrophe, de Cournon et Gerzat. Une circulaire que le préfet avait au passage évité de faire circuler aux élus concernés et qui a fuité par le biais des syndicats de policiers. Premier motif de colère chez les élus concernés.

Officiellement, le département aurait trop de policiers et les communes couvertes par ces commissariats pas assez d’affaires pour justifier la présence d’un commissariat. Observons pourtant les territoires concernés. À Cournon, le commissariat est au coeur d’une zone de 36.000 habitants couvrant outre sa ville d’implantation Le Cendre, Lempdes et Pérignat-lès-Sarliève avec tous leurs quartiers résidentiels, commerces, zones industrielles ou encore le Zénith. Celui de Gerzat couvre aussi Cébazat et Aulnat, soit une zone de 21.600 habitants, des zones industrielles comme le parc Logistique ou la zone de Ladoux, mais aussi l’aéroport international. Gerzat est à 8km du commissariat avenue de la République et Cournon à 15. Vous parlez de proximité !

 Economies contre proximité

Comme toujours, l’État invoque des économies pour mieux assurer ses missions et promet plus de présence sur le terrain et de rondes. Gardons plutôt en tête la fameuse citation de l’ancien président du conseil des ministres Henri Queuille « les promesses n’engageant que ceux qui les écoutent » d’autant que le passé lui donne raison.

Le redéploiement des forces de police annoncé en 2004 comme étant un outil de proximité s’est en effet traduit depuis par la fermeture de nombreux postes de police et la diminution des effectifs de plus d’un tiers. En 12 ans, 14 postes de police ont fermé sur l’arrondissement de Gerzat ! Difficile alors de travailler en proximité dans les quartiers et avec les habitants où se développe petite délinquance, criminalité opportuniste, mais aussi radicalisation. A Cournon par exemple, la police nationale travaille en prévention avec la police municipale et les services sociaux. Si la mesure se concrétise, elle sera donc avant tout la poursuite d’un désengagement des forces de sécurité de proximité.

Depuis ces annonces, les maires des communes concernées font logiquement face à une forte inquiétude de la population. La présence d’un commissariat est un symbole fort de la présence de l’Etat. Pour Hervé Prononce, maire du Cendre, la volonté de l’Etat « est de pousser les mairies à compenser en embauchant des policiers municipaux. » Les précédentes mesures poussent dans sens tout comme le débat sur l’armement de la police municipale. Gerzat avait déjà décidé de renforcer sa police municipale et Lempdes a déjà placé des caméras de vidéosurveillance. Mais cela ne résoudra pas tout d’autant que les policiers municipaux n’ont pas les mêmes compétences. Ils ne peuvent notamment pas enregistrer de plaintes, car ne sont pas officiers de police judiciaire.

Aussi, si la mesure se concrétise, les habitants de ces communes seront invités à aller porter plainte à Clermont ou resteront probablement chez eux pour les petits larcins. La délinquance continuera ainsi à baisser statistiquement de la même manière que la stratégie des commissariats de prendre en main courante ce qui relève normalement de plaintes. Les chiffres masquent la réalité et ces commissariats sont dans des zones « en apparence » plus sûres et donc où on n’a pas besoin d’eux. Imparable !

La stratégie de l’État devrait aussi avoir un impact financier non négligeable aussi pour les communes et donc au final pour le citoyen si elles doivent compenser par des embauches. D’autant plus énervant, que les communes ont par ailleurs déjà mis la main au portefeuille. Cournon a par exemple dépensé 150.000 euros pour rénover le commissariat où les travaux ne sont d’ailleurs toujours pas fini. Ils s’ajoutent aux 200.000 euros engagés par l’État.

 Double discours de l’Etat

Mais au-delà de l’aspect financier et du manque de concertation, les maires dénoncent le côté paradoxal de la mesure. Flavien Neuvy, maire de Cébazat, s’étonne ainsi du « choc frontal entre l’état d’urgence, l’annonce de la sécurité comme priorité nationale par le Président de la République dans ses derniers voeux et ces fermetures sans concertation. » Estimant que « le maillage n’est déjà pas si dense » il « ne comprend pas une telle annonce en ce moment. » Pourtant de gauche, Bertrand Pasciuto est lui encore plus remonté « contre ce gouvernement qui le déçoit depuis trois ans. »

Il faut dire que cette annonce s’ajoute à la suppression d’une dotation de 1,2 million d’euros pour les quartiers sensibles de la commune et à la baisse générale des dotations pour toutes les communes et collectivités. Un effet ciseau qui conduira inexorablement à l’augmentation des impôts locaux mais peu probablement à la baisse des impôts nationaux.

Les maires espèrent donc une mauvaise blague ou une manoeuvre politique. La menace pourrait toutefois se préciser très rapidement. Si officiellement, aucun délai n’est fixé, le projet de faisabilité de cette fusion pourrait être présenté à la fin du 1er semestre 2016. La circulaire demande en effet une réorganisation des services de police locaux dans les plus brefs délais. Inquiet, le maire de Gerzat s’étonne lui que le commandant soit parti en retraite un peu plus tôt que prévu et ne soit pas remplacé.

 Mobilisation pour sauver les commissariats

Les maires des communes concernées ont donc décidé de monter au front de manière commune pour sauver les deux commissariats et pas l’un au détriment de l’autre. Maires de gauche, de droite et du centre parlent d’une seule voix sur l’importance de ces commissariats pour éviter l’explosion de la délinquance. Comme aime le rappeler Bertrand Pasciuto « la sécurité, c’est comme une canalisation d’eau elle est pour tout le monde. C’est une liberté fondamentale surtout pour les plus pauvres qui n’ont pas les moyens de s’assurer en sécurité (alarmes) par eux-mêmes. »

Les maires ont déjà multiplié les courriers, mobilisé leurs députés avant désormais de mobiliser la population. Des pétitions seront mises en place et les maires envisagent d’organiser des marches pour faire pression.

 Mise à jour : fermeture de Gerzat et déclassement de Cournon

Selon une information de France Bleu du 9 mars, la Direction Départementale de la Sécurité Publique préconise de fermer le commissariat gerzatois et de maintenir celui de Cournon en réduisant les effectifs.

Cournon deviendrait un commissariat subdivisionnaire, dépendant de Clermont-Ferrand, et dont la Brigade de Sûreté Urbaine serait transférée à Clermont-Ferrand. Avec un tel scénario, il n’y aurait donc plus d’officier de police judiciaire, et donc plus de possibilité de déposer une plainte au commissariat de Cournon.

La proposition pour Gerzat serait de faire un partenariat entre les polices municipale et nationale comme c’est déjà le cas à Chamalières. Quelques policiers sur les 37 actuellement pourraient s’installer dans de nouveaux locaux en centre ville.

Les propositions ne satisfont aucun des deux maires concernés.


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Auteurs
Bertrand

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