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L’Auvergnate Germaine Tillion au Panthéon

Publié par Bertrand le mercredi 27 mai 2015 à 16h26min, mis a jour le vendredi 29 mai 2015 à 09h59min - 697 lectures - 1 partage

La France rendra hommage ce mercredi 27 mai 2015 à quatre figures de la résistance qui feront leur entrée au Panthéon à Paris. Parmi eux, l'auvergnate Germaine Tillion ainsi que Jean Zay jugé à Riom et assassiné par la Milice dans l'Allier.

Pierre Brossolette, Geneviève Anthonioz-De Gaulle, Jean Zay et Germaine Tillion feront leur entrée au Panthéon ce mercredi en fin d’après-midi. Un hommage national à ces figures de la résistance.

Décédée en 2008 à l’âge de 101, Germaine Tillion était née le 30 mai 1907 à Allègre en Haute-Loire où son père était juge de paix. Sa famille maternelle est elle originaire d’Alleuze dans le Cantal. Elle est envoyée dès l’âge de huit ans avec sa sœur Françoise en pension à l’institution Jeanne d’Arc de Clermont-Ferrand. La famille s’installera ensuite en région parisienne. Son « premier contact (plein d’aversion et d’ironie) avec le nazisme » remonte à la fin de 1932 lors d’un séjour en Prusse-Orientale pendant ses études d’ethonologie alors que les nazis sont en train d’arriver au pouvoir (Hitler devient chancelier le 30 janvier 1933).

A la fin de ses études, elle partira plusieurs fois en mission dans l’Aurès en Algérie où elle prendra conscience du racisme entre français et algériens et des problèmes à venir de la société algérienne. Une grande partie des travaux effectués pendant ces six années a malheureusement disparu au cours de la Seconde Guerre mondiale.

De retour en France début juin 1940, cinq jours avant l’entrée des Allemands dans la capitale, elle refuse catégoriquement le discours de capitulation de Pétain du 17 juin demandant de cesser le combat. Comme elle le racontera plus tard, après en avoir vomit, « littéralement » elle choisit son camp :

« Il suffit d’une seconde pour qu’une vie bascule. Devenir un salaud ou un héros, à quoi cela tient-il ? Après, le “choix” étant fait, on doit s’y tenir… »

Elle cherche alors à intégrer des réseaux de résistance rejoint ce qu’on appellera plus tard le réseau du Musée de l’homme, premier mouvement de Résistance en territoire occupé. Pour elle l’objectif était alors d’« obliger la France à prendre conscience que nous n’étions pas d’accord avec la capitulation et pour ça il fallait prendre des risques. »

À la fin de 1940, elle donne les papiers de sa famille à une famille juive qui sera ainsi protégée jusqu’à la fin de la guerre. Elle sera arrêtée le 13 août 1942 à la suite d’une trahison. Incarcérée à la prison de la Santé, elle subira quatre interrogatoires par l’Abwehr en août et trois en octobre. Elle sera ensuite transférée à Fresnes, où elle écrira une incroyable lettre à la Gestapo démontrant son habileté et son ironie :

« Ne sachant encore au juste de quoi m’inculper et espérant que je pourrais suggérer moi-même une idée, on me mit, pendant trois mois environ, à un régime spécial pour stimuler mon imagination. Malheureusement, ce régime acheva de m’abrutir et mon commissaire dut se rabattre sur son propre génie, qui enfanta les cinq accusations suivantes, dont quatre sont graves et une vraie. »

Elle va ensuite être déportée sans jugement dans camp de concentration pour femmes de Ravensbrück, au nord de Berlin. Pour conserver sa dignité, elle réfléchira sur la déportation et analysera les relations humaines, les rapports de force et les solidarités du quotidien au sein du camp. Elle rédigeait aussi des textes humoristiques sous forme d’opérette, Le Verfügbar aux Enfers. L’opérette sera mise en scène pour la première fois, en 2007, au théâtre du Châtelet, à Paris.

Si elle sort vivante, elle échappa à un transport à destination du camp de Mauthausen où les autorités du camp mènent une politique d’extermination systématique. Sa mère Émilie Tillion sera gazée au camp de Ravensnbrück le 2 mars 1945.

Libérée par grâce à la Croix-Rouge suédoise et evacuée vers la Suède en avril 1945, Germaine Tillion lancera alors un travail de recherche sur le camp de Ravensbrück à travers un questionnaire auprès de ses camarades et qu’elle utilisera ensuite pendant plusieurs années. De retour en France en juillet 1945, elle réintègre le CNRS et quitte la section ethnologie pour l’histoire contemporaine. Elle prend alors en charge la recherche sur les femmes et les enfants déportés de France, sous l’égide du ministère des anciens combattants puis du CNRS .

Son rang pour son activité de résistante a été validé par l’attribution du grade de commandant. Croix de guerre avec palmes, elle est également faite Grand-Croix de la Légion d’honneur, en 1999. À sa demande, la décoration lui est remise dans sa maison par Geneviève de Gaulle-Anthonioz , qui entrera au Panthéon en même temps qu’elle.

Elle poursuivra aussi ses travaux d’ethnologue en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et s’engagera aussi notamment l’émancipation des femmes de Méditerranée (pas seulement celles du monde musulman). Elle prendra aussi position contre l’excision et s’engagera au sein de l’Association contre l’esclavage moderne.

Tout au long de sa vie, la réflexion de Germaine Tillion mettait en relief l’importance de saisir la profondeur de l’humain :

« Au terme de mon parcours je me rends compte combien l’homme est fragile et malléable. Rien n’est jamais acquis. Notre devoir de vigilance doit être absolu. Le mal peut revenir à tout moment, il couve partout et nous devons agir au moment où il est encore temps d’empêcher le pire. »

Elle pensait que la haine entre deux communautés provient d’un manque d’espace, et que le défi du 21e siècle est la survie d’une humanité sans cesse grandissante sur une planète aux ressources limitées, ce dont l’homme vient à peine de prendre conscience.

Ce n’est pas son corps qui rentrera au Panthéon. Sa famille souhaitant qu’elle demeure auprès des siens, c’est un peu de terre prélevée sur sa tombe qui sera déposée au Panthéon.

Jean Zay jugé et assassiné en Auvergne

Né à Orléans, Jean Zay aussi est lié à l’Auvergne pour y avoir été jugé et assassiné. Le 4 octobre 1940, le tribunal militaire permanent de la 13e division militaire, siégeant à Clermont-Ferrand, condamne l’ancien ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts comme officier pour désertion en présence de l’ennemi à la déportation à vie et à la dégradation militaire, contre six ans de prison pour Pierre Mendès France. Il avait alors été la cible d’une violente campagne antisémite et sa condamnation rappelle celle de Dreyfus.

Sa peine de déportation dans un bagne fut ensuite muée par le régime de Vichy en simple internement en métropole et, le 7 janvier 1941, il est incarcéré au quartier spécial de la maison d’arrêt de Riom. Il peut écrire et communiquer avec ses amis. Il ne cherche pas à s’évader et continue à travailler pendant sa captivité sur les réformes qu’il pense pouvoir mettre en œuvre après la Libération.

Mais le 20 juin 1944, la Milice de Vichy vient le chercher. Les trois miliciens lui laissent entendre ensuite qu’ils sont des résistants déguisés qui ont pour mission de lui faire rejoindre le maquis, et l’assassinent dans un bois, près d’une carrière abandonnée, au lieu-dit Les Malavaux dans la faille du Puits du diable, à Molles, dans l’Allier.

Afin qu’il ne soit pas identifié, les tueurs le déshabillent, lui ôtent son alliance, jettent la dépouille dans la crevasse du Puits-du-Diable, et y lancent quelques grenades pour cacher le corps par des éboulis. Un mémorial lui rend maintenant hommage sur les lieux avec la plaque suivante : « À Jean Zay (1904-1944), ancien ministre de l’Éducation nationale mort pour la France, assassiné au Puits du Diable le 20 juin 1944 par les complices de l’ennemi. Il a gravi ce chemin en allant au supplice. » Une colonne jouxte le mémorial et porte l’inscription « Ici, Jean Zay fut lâchement assassiné le 20 juin 1944 par les complices de l’ennemi. Il est mort en criant Vive la France. »

Son corps et ceux de deux autres personnes sont retrouvés le 22 septembre 1946, enfouis sous un tas de pierres, par des chasseurs de Molles et de Cusset, et enterrés sur ordre de la municipalité de Cusset dans une même fosse du cimetière communal. Exhumés fin 1947, les restes de Jean Zay sont identifiés grâce à sa fiche dentaire et aux mensurations données par son tailleur. Son corps sera alors inhumé dans le grand cimetière d’Orléans.

Il fut aussi réhabilité le 5 juillet 1945 par la cour d’appel de Riom qui réexamine les faits reprochés au sous-lieutenant Jean Zay. Elle constate qu’à aucun moment il ne s’est soustrait à l’autorité militaire, et que « les poursuites intentées contre le sous-lieutenant Jean Zay ne peuvent s’expliquer que par le désir qu’a eu le gouvernement d’atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu’il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité. »

La cour a ainsi annulé le jugement du 4 octobre 1940, et Jean Zay est pleinement réhabilité à titre posthume.


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Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois