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Présentation de la saison 2010-2011 de le Comédie de Clermont-Ferrand par Jean-Marc Grangier

Le directeur de la Comédie de Clermont nous explique comment il pensé cette nouvelle saison, ses grandes lignes directrices, sa relation avec le public clermontois. Interview...

dimanche 27 juin 2010, par Bertrand, Communiqué de presse | 1533 lectures

Jean-Marc Grangier ne nous a pas seulement parlé de la construction de la saison. Nous avons abordé avec lui les difficultés de financement de la culture et la perspective plus poche que jamais de la construction du lieu identitaire. Ce sera le thème d’une seconde vidéo à découvrir dès cette semaine.

Et comme il était impossible de présenter en vidéo tous les artistes, voici l’extrait du dossier de presse présentant tous les artistes de cette nouvelle saison qui se présente.

Présentation complète

Placée sous ces signes vivifiants, la saison 2010-2011 propose trente-et-un rendez-vous de théâtre, cirque, danse et musique comme autant d’opportunités de découvrir le travail des plus grands créateurs actuels.

Johanny Bert, metteur en scène en associé

La Comédie s’attache à un nouvel artiste associé pour les trois saisons à venir, le metteur en scène Johanny Bert. Avec lui, la scène nationale inaugure un rayonnement régional accru, permettant de rencontrer plus intimement publics et acteurs culturels à travers l’Auvergne.

Suivi assidûment dans les éditions du festival de la jeune création en Auvergne puis au fil des saisons, il s’est imposé parmi les jeunes metteurs en scène les plus prometteurs de sa génération par son travail profondément original et personnel autour de la forme marionnettique. Johanny Bert fonde sa compagnie, le Théâtre de Romette, en 2000 au Puy-en-Velay et depuis, renouvelle la relation entre le manipulateur et la marionnette. Cette dernière peut parler de tout, là où on ne l’attend pas, et pas seulement au jeune public.

Le metteur en scène atteint ainsi à l’essentiel, stimule les sens sans complaisance, réveille l’imaginaire et notre pouvoir d’interprétation tout en cultivant la légèreté de l’instant, l’évidence poétique, le charme du détail. Cette saison invite en une même soirée à pénétrer l’univers de Ceux d’ailleurs tout en redécouvrant Krafff et s’ouvre sur la nouvelle création du Théâtre de Romette, L’Opéra du dragon d’Heiner Müller, donnée en tournée à travers la région. C’est d’une envie croisée entre la Comédie et Johanny Bert qu’est née l’idée de ce spectacle itinérant sillonnant toute l’Auvergne, avec un souhait essentiel : conférer au théâtre une image accessible autant qu’exigeante, se livrant d’emblée à tous.

Pour cela, Johanny Bert a imaginé un spectacle techniquement autonome, capable de s’adapter à tous les lieux, équipés ou non. L’équipe du Théâtre de Romette peut ainsi débuter son aventure nomade dans les communes et communautés de communes : salle polyvalente, lieux patrimoniaux et insolites – tels que hangar agricole, gîte, ancienne usine – deviennent donc de possibles implantations.

Cette démarche singulière s’accompagne, de plus, du choix d’une culture conviviale impliquant au plus près les habitants. Il importe de tisser des liens étroits entre la compagnie et les relais locaux, les associations.

Le théâtre

Cette saison porte, comme chaque année, l’empreinte d’une génération de metteurs en scène, celle des 30-45 ans, dont nous allons, pour un certain nombre d’entre eux, entièrement découvrir l’univers. À commencer par l’acteur Nicolas Bouchaud – remarquable Galilée ou roi Lear dans les spectacles de Jean-François Sivadier – qui livre une édifiante autant que réjouissante leçon sur le cinéma, tirée des entretiens menés avec Serge Daney, critique fameux des Cahiers du Cinéma et de Libération. Le jeune collectif d’ores et déjà, sous la direction de Sylvain Creuzevault, développe quant à lui un mode de jeu époustouflant de vérité grâce à un processus de « répétition démocratique » unique en son genre, plongeant au cœur des enjeux révolutionnaires de la Terreur.

Nous rencontrons, par ailleurs, l’univers totalement singulier d’auteurs-metteurs en scène tels que Joël Pommerat dans une création tout à la fois plastique, sonore et pleinement incarnée, proche de l’envoûtement, ainsi que Valère Novarina, éminent dramaturge, poète, metteur en scène et peintre français perpétuant un vivifiant théâtre poétique.

Autre auteur contemporain, Philippe Minyana capture le fait divers pour tisser une véritable épopée de l’intime en une pièce inédite écrite pour la nouvelle création de Florence Giorgetti. Nous découvrons également le théâtre réjouissant et frondeur de deux metteurs en scène et comédiens emblématiques de la scène libanaise, Lina Saneh et Rabih Mroué. Par un original procédé de mise en abîme mariant le vrai et le faux, ils engagent sur scène un dialogue fin, drôle et stimulant entre art et politique.

Deux pièces du maître de l’absurde, Eugène Ionesco, sont présentées au cours de la saison à travers le regard et la sensibilité de Christophe Feutrier d’une part, avec Délire à deux, créé cet été à Avignon, et Luc Bondy d’autre part – figure de la scène internationale – avec la célèbre pièce Les Chaises. Tous deux confient ces partitions désopilantes à des duos d’exception.

Cette programmation théâtre accueille par ailleurs deux événements : les premières dates en France de la nouvelle création de l’un des metteurs en scène les plus fascinants de la scène européenne, Krzysztof Warlikowski, semant scandale ou larmes d’émotion dans des spectacles d’une densité sonore et visuelle peu commune. Cette pièce ne sera donnée en France qu’à la Comédie de Clermont-Ferrand puis au Théâtre de l’Odéon à Paris. Autre grand moment de théâtre : La Tragédie du roi Richard II de Shakespeare, mise en scène par Jean-Baptiste Sastre et créée cet été pour la cour d’honneur du festival d’Avignon, regroupe une distribution exceptionnelle, dont Denis Podalydès, acteur phare de la Comédie-Française.

Enfin, deux rendez-vous de cirque contemporain, superbes et spectaculaires, sont proposés aux petits et grands. Rain de la troupe québécoise le Cirque Éloize, acclamée dans le monde entier, alterne, de son élégance impertinente et surréaliste, cascades, jongleries, contorsions, tours de force et figures audacieuses sur trapèze et balançoire à bascule. Quant à Camille Boitel, ancien compagnon de route de James Thierrée, son univers fait merveille par sa créativité faussement foutraque, menant en virtuose un voyage désastreux au cœur de l’instabilité.

La danse

La saison danse débute par un événement rare : la Merce Cunningham Dance Company rend hommage lors d’une tournée mondiale exceptionnelle – qui marque la fin de la compagnie – à l’immense chorégraphe américain, Merce Cunningham, disparu en 2009. Au programme : trois pièces qui couvrent plus de trente années de création et célèbrent la fulgurance d’une pensée chorégraphique qui a littéralement bouleversé le XXe siècle de la danse.

Trois illustres figures de la scène internationale et déjà connues de la Comédie sont de nouveau accueillies : Philippe Decouflé nous réenchante par une nouvelle création questionnant la beauté. Voguant entre Groucho Marx et Alwin Nikolaïs, cet illusionniste de génie qui ne cesse de cultiver l’extravagance dans le mouvement et la prise de risque poétique, libère comme par inadvertance la grâce. Angelin Preljocaj, après avoir marqué les esprits comme rarement avec Blanche-Neige, crée une nouvelle et spectaculaire pièce née de la rencontre et de la collaboration avec les danseurs du prestigieux Ballet du Bolchoï, associant au projet des noms aussi prestigieux que Laurent Garnier pour la musique.

Le chorégraphe anglais le plus marquant de sa génération, Russell Maliphant, compose, quant à lui, un sublime trio imprégné d’une spiritualité intense et inspiré par les dessins de Nijinsky. Nous découvrons par ailleurs le travail du chorégraphe Abou Lagraa. Porté par le désir profond de partager sa passion avec sa culture de cœur et de racines, l’Algérie, il a créé en 2010 une cellule contemporaine au sein du Ballet national algérien, dont les danseurs ont été recrutés parmi les talents émergents du pays. Son spectacle Nya est le premier travail engagé avec ces virtuoses du hip-hop issus de la rue et nourri de la force insolite et dévoreuse de leur jeunesse.

Autre très belle surprise : la découverte d’un duo belgo-suisse délicieusement décalé, Nadine Fuchs et Marco Delgado. Lors d’une heure de « body training » cocasse et équivoque, ce couple faussement ingénu assume tout en dérision et en finesse les clichés de la séduction. Une séance de remise en forme salutaire tant cette pièce d’inspiration pop insuffle irrévérence et fraîcheur. La saison danse propose enfin de plonger dans l’univers de l’un des artistes les plus inclassables de ces dernières années.

Jan Lauwers est à la fois chorégraphe, dramaturge, écrivain, plasticien et cinéaste flamand. Avec sa trilogie Sad Face/Happy Face, il fait ainsi connaître sa très singulière fabrique théâtrale, pionnière dans l’art de mêler texte, danse, musique et images, à la manière d’une saga déclinant trois fables puissantes sur la condition humaine : La Chambre d’Isabella, Le Bazar du homard et La Maison des cerfs. C’est également le retour fidèle de Frank Micheletti – chorégraphe associé à la Comédie de 2007 à 2009 – avec sa nouvelle création née cette fois-ci au Ghana. Au cœur de paysages sonores et visuels, s’y trouvent concentrés les flux d’une Afrique contemporaine en pleine mutation et affranchie de la tradition.

Sans oublier le Bal de la Comédie, devenu chaque saison un rendez-vous incontournable. Sous le chapiteau spécialement installé à l’occasion du festival du court métrage et en avant-goût de la grande fête du cinéma, c’est à une fête de la danse qu’il nous convie, quels que soient l’âge, l’expérience, l’habileté. La chorégraphe Christine Corday a l’art et la manière de nous entraîner à petits pas et jusqu’au swing endiablé dans la valse, la java, le madison-twist, le paso doble et le cha-cha-cha, à l’image d’un grand bal populaire emporté par le plaisir et l’insouciance.

La musique

Suite au riche compagnonnage déployé avec la compositrice Kaija Saariaho, artiste associé à la Comédie sur les trois dernières saisons, la programmation musicale s’ouvre désormais à la musique contemporaine dans toute sa diversité, croisant allègrement les genres, les inspirations et les écritures.

Le premier rendez-vous rend compte de cette extraordinaire liberté de style et propose de découvrir une création chorégraphique et musicale haute en couleur, dirigée par le maître incontesté de la musique baroque française Hervé Niquet, sur les timbres exquis de l’opéra-ballet Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, associés à la danse de la chorégraphe Nathalie Pernette. Dix danseurs et trente et un instrumentistes, tous jeunes virtuoses sélectionnés par l’Académie baroque européenne d’Ambronay, invitent à un savoureux voyage autour du monde.

C’est ensuite un concert rare qui est proposé : le Balanescu Quartet, mené de main de maître depuis 1987 par Alexander Balanescu, violoniste et compositeur visionnaire, est mondialement reconnu pour son style unique mêlant thèmes traditionnels roumains, électronique et musique sérielle, entêtante et chavirante. Pina Bausch fut séduite par la puissance envoûtante et allégorique de cette musique au point de l’utiliser en bande-son dans nombre de ses spectacles. Aussi, le Balanescu Quartet propose-t-il un concert en hommage à l’irremplaçable chorégraphe, disparue en 2009, rassemblant les morceaux qui ont illustré et nourri sa danse.

Nous pourrons également explorer l’univers du jeune compositeur Jonathan Pontier qui, à trente ans, développe une écriture profondément originale, foisonnante et jubilatoire. Au fil de son impressionnant parcours, il multiplie la transversalité de ses collaborations et ne cesse de faire coexister au sein de ses œuvres des approches et des esthétiques fondamentalement éloignées : électroacoustique, opéra, slam, sonate, hip-hop, oratorio, rock, musique de chambre, chants traditionnels maliens...

Conjurer le décloisonnement donc, en commençant par ouvrir les portes de la musique contemporaine à toutes les oreilles, le plus largement possible. C’est un enjeu que cette saison propose de suivre avec trois rendez-vous confiés à ce jeune créateur : un programme consacré à l’œuvre de Ligeti, figure tutélaire du compositeur, suivi du subjuguant rituel multimédia Territoires de l’âme et de la création AKouARiOm associant à l’ensemble Ars Nova le groupe clermontois Kafka.

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