Le Cantal bientôt dans Second Life

Publié par Bertrand le lundi 20 octobre 2008 à 00h57min, mis a jour le lundi 20 octobre 2008 à 00h44min - 2483 lectures

L'Auvergne va bientôt avoir de nouvelles frontières. Le Conseil général du Cantal prépare en effet son installation dans Second Life. Jadis sous le feu des projecteurs, ce monde virtuel est maintenant considéré comme "has been" par certains. Alors bonne ou mauvaise idée ?

C’est par un court paragraphe dans le numéro de septembre de son magazine Cantal avenir (PDF) que le Conseil général du Cantal annonce ce nouveau service en développement :


"La seconde vie du Cantal...
Attentif à l’évolution des nouvelles technologies, le Conseil Général a pour ambition de créer son propre espace dans un média émergent : les mondes virtuels. Il occupera prochainement un territoire dans le monde de Second Life : l’île Cantal.
Né en 2003, cet univers virtuel en 3D permet à l’internaute de vivre une "seconde vie" (second life en anglais). Sur l’île Cantal, le Conseil Général sera représenté par une infrastructure centrale entourée d’espaces qui seront petit à petit occupés par des entreprises. Les utilisateurs auront accès à tous les services du Conseil Général et pourront proposer des idées pour organiser des évènements. Voici un nouveau lieu d’échanges pour les jeunes du département qui, en créant un avatar (second "soi" virtuel), pourront se rendre sur l’île Cantal et y découvrir le Conseil Général sous un autre jour.
A terme ? La possibilité de correspondre avec des avatars d’autres collèges ou de rencontrer des collégiens étrangers, diffusion de vidéos, exposition virtuelles... Et pourquoi pas une salle de cours dans Second Life ?
Le Cantal sera le premier département à occuper le monde virtuel Second Life. "

Chez Dzigue, qui fut le premier blog à relever l’information, les réactions sont plutôt mitigées et méfiantes. Certains constatent que le Cantal n’est pas le premier département puisque la Seine-Saint-Denis s’est déjà installée, D’autres comme Lightman, considèrent Second Life comme "has been". Un autre commentaire pointe lui le "manque de vrai haut-débit". Alors faut-il condamner l’initiative du département ?

 Internet 3D de demain

Avant de répondre à une telle question, rappelons que Second Life est un monde numérique persistant en 3D. Représenté sous la forme d’un personnage, un avatar, l’internaute a une presque totale liberté de déplacement et d’action dans cet autre monde. Il peut parler, interagir avec des objets et d’autres avatars, construire, vendre, acheter, regarder de la vidéo, assister à des réunions ou des concerts organisés par les autres internautes via leur avatar.

Pour Pierre-Olivier Carles, co-fondateur de Stonfield InWorld, société spécialisée dans l’intégration d’Internet et des Mondes Virtuels dans les stratégies d’entreprise, c’est justement ce caractère présentiel qui fait toute la force de Second Life. Ce monde virtuel est ainsi "un univers de proximité où l’internaute peut obtenir un vrai conseil personnalisé comme il le trouve à travers le contact avec un conseiller ou un vendeur dans une boutique". Si on cite souvent des cas de e-learning, "on commence seulement à effleurer les possibilités de ces univers qui constituent l’internet 3D de demain".

Mais Pierre-Olivier Carles se montre aussi très méfiant quant aux effets d’annonce. Pour lui, si "la seule ambition est d’être le premier département à s’installer, ce sera une catastrophe" et pour le coup l’initiative sera alors "vraiment has been". En effet, après une grande euphorie due à l’hypercroissance de Second Life, on est entré dans une période de maturité. Alors qu’il y a quelques mois chaque installation d’entreprise ou de collectivité était médiatisée, c’est maintenant le temps de l’indifférence. Il ne faut donc pas y aller pour se faire un coup de pub.

 Lien avec le réel

Fabien Miedzianowski, directeur des Systèmes d’Information au Conseil Général du Cantal, ne nie pas le côté "premier département sur Second Life". Mais il préfère insister sur l’outil comme moyen de contact supplémentaire entre le citoyen et le Conseil général et "l’interfaçage avec le monde réel".

Ainsi pendant la semaine, aux heures d’ouverture de la collectivité, des agents se relaieront pour assurer une "permanence" sur l’île. Ils seront ainsi capables de répondre aux questions simples qui ne nécessitent pas une étude approfondie ou de consultation de dossiers. Pour les questions plus complexes, et en dehors de ces heures de permanence, les visiteurs de l’île pourront envoyer des messages au Conseil général qui les recevra par e-mail et pourra répondre par les moyens de contact habituels.

Fabien Miedzianowski prévoit aussi une utilisation au niveau des collèges. Les élèves pourront participer à des réunions à distance, échanger avec d’autres classes du monde entier ou pourquoi pas suivre des conférences de professeurs à distance. Le Conseil général des jeunes du Cantal pourrait aussi se réunir par ce biais.

Les visiteurs de l’île pourront aussi regarder une web tv et peut être même un jour dialoguer avec les élus lors de chats en 3D. On n’y est pas encore mais pour Fabien Miedzianowski cela semble "une évolution essentielle en termes de e-démocratie". Enfin, les entreprises qui le souhaitent pourront profiter du "terrain" gracieusement pour s’installer et auront juste à construire leur bâtiment.

Pour Pierre-Olivier Carles, une telle utilisation "a du sens à condition qu’il y ait du contenu". Sa société travaille d’ailleurs au lancement de RIL-Shopping, une solution de e-commerce in life permettant à n’importe quel commerçant de venir vendre dans Second Life via un avatar et ainsi apporter aux clients un niveau de service proche de celui du commerce de proximité.

Pour se lancer dans l’aventure, le Conseil général ne part pas tout à fait dans l’inconnu. Il profite de l’expérience de la ville d’Issy-les-Moulineaux qui a installé sa mairie dans Second Life il y a plus d’un an. L’appel d’offres lancé par le Conseil général a d’ailleurs été remporté pour un budget de 20.000 euros par Netvizio, la société qui a monté l’espace de la ville parisienne. Le Cantal sera aussi installé à proximité d’Issy-les-Moulineaux et espère profiter un peu du "passage".

 Ouverture début 2009

Cette ouverture reste une expérimentation. Fabien Miedzianowski n’a pas fixé d’objectifs de consultation et sait qu’il faudra faire beaucoup de pédagogie et avancer étape par étape. Il compte d’abord sur les collégiens pour l’utiliser et le faire découvrir à leurs familles. Le réseau CyberCantal et ses télécentres de travail sera un autre outil pour faire connaître ce nouveau territoire et ses possibilités. Quant à l’argument du manque de haut-débit dans le Cantal, Pierre-Olivier Carles tempère en indiquant qu’il utilise lui même régulièrement un kit de connexion 3G+ pour se connecter à Second Life.

Pour l’instant, l’île Cantal est encore en travaux. La société Netvizio développe actuellement le bâtiment et les premières validations auront lieu avant la fin de l’année. Si tout va bien, on pourra donc découvrir ce nouveau territoire auvergnat début 2009.

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Auteurs
Bertrand

Clermontois et fier de l’être, j’ai conçu Cyberbougnat comme le webmag d’un clermontois pour les clermontois