Par Bertrand le 23 juin 2005

Plus de trois ans après la sortie de son quatrième disque La zizanie, Zazie publie aujourd’hui Rodéo, un nouvel album qui ne manquera pas de désarçonner jusqu’aux plus fidèles de ses fans. « Je ne voulais pas faire juste un album de plus » confirme la chanteuse. En une petite dizaine d’années et presque autant de tubes inscrits dans l’imaginaire collectif (« Zen », « Adam et Yves », « Rue de la Paix »), on pensait avoir cerné l’univers de la jeune femme, par ailleurs confectionneuse de chansons pour ses contemporains.
Une série de concerts au long cours et une maternité plus tard, Rodéo marque pourtant un profond changement dans la méthode Zazie. La voici en effet qui cosigne pour la première fois la totalité des compositions. « À la fin de la dernière tournée, j’ai ressenti une grande fatigue. J’avais perdu le côté guerrier et tendance à avoir moins d’enthousiasme pour faire des chansons. Jean-Pierre Pilot et Philippe Paradis m’ont redonné l’envie, en ôtant un poids de mes épaules. », confie Zazie. Elle propose aux deux musiciens, respectivement clavier et guitariste des concerts, une collaboration résolument placée sous le signe du plaisir, chacun apportant sa manière singulière d’appréhender l’harmonie.
« Jean-Pierre Pilot, je sentais qu’il était joueur, qu’il n’avait pas peur d’aller trop loin. Il n’y a pas d’ego dans sa manière de travailler, c’est un esprit à la fois ludique et chercheur. », dit Zazie. Après avoir travaillé pendant treize ans avec Bashung, Pilot a signé la réalisation de l’album Les Palaces de Brigitte Fontaine, tout en participant à la résurrection du groupe Indochine. Quant à Philippe Paradis, ancien guitariste de Daran et les chaises, on lui doit la production du Comm’si la terre penchait de Christophe. Le trinôme se rode en se livrant à de fertiles improvisations pendant les souvent fastidieuses balances d’avant concert. « C’est agréable de travailler avec deux hommes quand on est une femme. », explique Zazie. Le trio fait en sorte de donner le meilleur d’eux-mêmes, avec la volonté de se séduire mutuellement.
Au mois de novembre 2003, le trio s’enferme dans une maison du Lubéron avec pianos, guitares et machines. « En un peu moins d’un mois, on avait composé 17 chansons, en travaillant tous les jours de 9h à 22h. On a fini sur les genoux. » Dès La Dolce Vita, première composition aboutie pendant les séances de travail, l’évidence de leur collaboration leur apparaît. « Après celle-ci, on ne s’est rien interdit. Plus je fais des albums, plus je me dis que quand la chanson est là, quelle que soit la façon dont on l’habille, elle est là. », déclare Zazie. « En ne cherchant pas un concept à tout prix, on se retrouve avec un album plus homogène que les précédents. Tout au long de la fabrication de ce disque, c’est l’exploration et la spéléologie du cœur qui nous ont guidés. On commence souvent avec une idée derrière la tête : c’est généralement un mauvais point de départ. Ici, l’absence totale de méthode a prévalu, et tant mieux. »
Alors qu’elle se retrouve « seule au monde » pour écrire les textes, Zazie garde présentes à l’esprit ces notions d’humanité et de générosité. Dans leur grande majorité, les chansons de Rodéo se déclinent autour de la relation à deux, sans pour autant se limiter aux relations de couple. Après avoir longtemps misé sur une écriture faite de jeux de mots et de slogans, Zazie se dévoile plus largement dans des textes à la tonalité intimiste. Sur ces douze chansons en forme de conversation, la notion de proximité l’emporte sur les considérations plus générales dont elle avait su faire son sel jusqu’alors. « Aujourd’hui, j’ai envie de privilégier l’authenticité des relations humaines, c’est peut-être un truc d’âge. » avoue-t-elle.
Il aura fallu quatre albums pour imposer la personnalité unique de Zazie dans le paysage de la chanson française. A lui seul, Rodéo bouscule déjà toutes les certitudes qu’on avait à peine eu le temps de se faire sur une chanteuse pas prête à se laisser enfermer dans un quelconque carcan. L’album réussit le tour de force d’être à la fois personnel et collectif, moderne et intemporel, marqué par le travail d’une équipe soudée. « On est riches de cette expérience personnelle qui s’est mêlée à une expérience professionnelle parce que chacun y a mis des morceaux d’âme. »
A l’occasion du concert de Zazie au Zénith d’Auvergne, Cyberbougnat et Arachnée Concerts vous offrent deux CD de son dernier album. S’inscrire au concours
Vendredi 24 juin 2005 à 20h - Zénith d’auvergne - Clermont-Ferrand
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