Théâtre musical
Par Alexandra , Bertrand le 14 décembre 2005

La « Belle Époque » est une expression née après la Première Guerre mondiale pour évoquer la période antérieure (1890-1914). Dans cette désignation, il y a une part de réalité (expansion, insouciance, foi dans le progrès...) et une nostalgie. C’est une période pleine d’inventions qui allaient modifier profondément le mode de vie de l’être humain mais la réalité a été enjolivée à cause du traumatisme de la Première Guerre mondiale.
La « Belle Époque » c’est aussi celle de Proust, Freud, du cabaret et du café-concert où se produisaient des artistes tels Mistinguette ou Yvette Guilbert, immortalisée par Toulouse-Lautrec. Le café-concert était un vrai café, un endroit où l’on pouvait boire, fumer, discuter et où le spectacle était permanent sans véritable programme. Pour Jean-Luc Guitton « c’est une très belle époque. Dans les caf-conc’ les gens se côtoyaient sans histoires de classe, il y a une véritable façon de vivre qui est très étonnante ».
Le point de départ du spectacle n’est cependant pas le café-concert en lui même, mais les chansons, les textes, les rythmes et les manières de les interpréter. Les Ravageurs se sont donc plongés dans les recueils de chansons de l’époque, ont retrouvé des enregistrements sur cire et en ont sélectionnées quelques unes parmi des milliers.
Ils ont repris ces « petits bijoux artistiques » chantés par de grands interprètes de l’époque mais sans vouloir en faire une anthologie. Toutefois, ils ne se sont pas limités à cette période très courte, mais ont aussi inclus des chansons d’une période plus large qui va même au delà de la première guerre mondiale.
Tel un miroir déformant, les textes racontent les grandes joies et des grandes détresses, mais « superlativées , « hallucinées », édifiantes et le plus souvent humoristiques. Le choix s’est fait sur le texte, sur la résonance qu’il peut avoir aujourd’hui et ce qu’il peut évoquer chez le spectateur. Les chansons ont aussi été choisies selon le comédien qui les interprète, qui les joue. Car dans le café-concert, les interprètes inventaient des personnages et jouaient autant leurs chansons qu’ils les chantaient.
Une démarche artistique très proche de celle du comédien, ce que sont à la base Les Ravageurs. Pierre Marius Court et Jean-Luc Guitton sont en effet d’abord comédiens, dramaturges, metteurs en scène. Depuis une dizaine d’années, ils créent des spectacles théâtraux où la musique se révèle un des éléments dramaturgiques majeurs au même titre que la parole. En s’associant avec d’autres comédiens et des musiciens, ils recherchent dans leur spectacles à intégrer la musique dans la construction du jeu théâtral, que la musique soit aussi du théâtre.
Pour ce spectacle, Les Ravageurs ont ainsi demandé à deux musiciens de musiques actuelles de retravailler l’orchestration de ces chansons avec leurs propres sons mais sans en toucher la structure. Stéphane Arbon (contrebasse, mélodica) et Clément Gibert (clarinette, saxophone) du collectif Musique en Friche ont ainsi introduit leur mode d’écriture et de jeu, notamment l’improvisation.
Avec Christophe Luiz, comédien-chanteur qui a rejoint l’équipe en 2004, Pierre-Marius Court et Jean-Luc Guitton mués en infirmières macabres et pittoresques nous font ainsi entendre une vingtaine de chansons issues du café-concert, au tragique souvent désuet. Le tout joué et chanté en accoustique et sans micro, comme dans "l’ancien temps", non pas pour faire rétro mais par choix artistique, pour garder le mordant des textes.
Une invitation à découvrir, à s’ouvrir, à ces chansons et ces textes d’une autre époque porteurs de valeurs qui dépassent le côté désuet de la structure et mots : « Il ne s’agit pas d’asséner un message, mais plutôt de faire naître une sorte d’envie d’être vivant, de s’éveiller et de se dire que tout le monde est capable de mieux vivre ensemble. Je trouve que c’est ce que disent ces chansons et qu’il y a une grande humanité derrière tout ça. Derrière ce côté désuet et exacerbé, il y a surtout une grande envie de vivre et de vivre heureux »



Chansons théâtrales de la Belle Époque, qui ne fut pas belle pour tout le monde
Mercredi 14, jeudi 15, vendredi 16 décembre 2005 à 20:30
Maison de la culture salle Boris-Vian (entrée rue Abbé-de-l’Epée) - Clermont-Ferrand
Conception compagnie Les Ravageurs
avec Pierre-Marius Court, Jean-Luc Guitton, Christophe Luiz
musiciens Stéphane Arbon (contrebasse) et Clément Gibert (clarinettes). mises en voix Geneviève Aulagnon • durée : 1 h 20
Merci dan parigot pour les photos