Par Bertrand le 18 février 2007
La ville a commandé il y a plus d’un an une étude à une coloriste qui a déterminé une palette de couleurs vives et claires pour refaire les façades. De quoi égayer les rues et peut être changer la réputation de ville sombre austère et triste. Le résultat sur quelques immeubles, notamment l’angle de la Place de Jaude et de l’avenue des Etats-Unis prouve le bien fondé de cette démarche et il ne me semble pas avoir croisé quelqu’un opposé à cette dynamique.
Hélas ! Cet élan coloré est vraisemblablement condamné, ou plutôt notre ville semble condamnée à rester dans la grisaille. C’est le sens d’un petit encadré lu dans le numéro de Février de Modergnat (page 6). Ainsi le magazine reprend une information fournie par Alain Adenot, adjoint à l’urbanisme à la Mairie de Clermont-Ferrand.
Il indique que le nouvel Architecte des Bâtiments de France (ABF) nommé sur Clermont-Ferrand depuis 3 mois ne voudrait plus des couleurs sur les façades clermontoises estimant que la couleur seyant à Clermont est le gris muraille.
J’ai fait une petite recherche et trouvé quelques références d’un gris muraille. Voici par exemple le gris muraille codifié pour les Jeux Olympiques de Pékin, appellé Gris Grande Muraille en référence à a célèbre muraille. En voici les références pour les plus graphistes d’entre-vous : PANTONE : 443 C - CMYK : C10, M0, Y5, K35 - RGB : R150, G160, B154. Cela fera au moins un argument quand on dira que la ville est grise, il suffira de répondre : "Grise oui, mais d’un gris olympique !".
Triste consolation qui n’en est pas une en comparaison du bonheur de voir des immeubles colorés se détacher dans un magnifique ciel bleu digne du sud de la France. C’était d’ailleurs dans cette optique que cette mise en couleur avait été décidée comme l’indique Dominique Adenot dans Modergnat : "Avec l’ancien ABF, nous avions lancé depuis plusieurs années une politique de la couleur en nous basant sur le fait que Clermont-Ferrand est aux portes du Sud."
Clermont n’a d’ailleurs pas toujours été noire, car avant le 13ème siècle, c’est l’arkose, grès de couleur blonde, qui était employé comme en témoignent les monuments datant de l’époque romane comme Notre-Dame-du-Port. Difficile d’accès car située dans des couches inférieures des coulées, la Pierre de Volvic n’a été découverte et utilisée qu’il y a 700 ans. A la fin du XIXe siècle, les élus clermontois s’étaient déjà inquiété de la grande utilisation de cette pière jugée trop austère. Le conseil municipal avait alors préconisé l’abandon de son utilisation dans la construction des bâtiments publics, ce qui s’était traduit par un retour à la pierre de couleur blanche (l’Opéra municipal, le musée Bargoin, les places des Salins et de Jaude, le quartier de la gare...).
Mais la nouvelle ABF fait fi de l’avis de son prédécesseur et semble vouloir nous condamner, pauvres Clermontois à une grisaille qui ne correspond pas à la réalité de la ville. Peut être changera-t-elle d’avis quand le printemps illuminera notre ciel...
Pour rappel l’Architecte des Bâtiments de France (ABF ) est un fonctionnaire d’Etat, chef du Service Départemental de l’Architecture et du Patrimoine ( SDAP ).
Il s’occupe de l’entretien des Monuments Historiques, donne un avis sur les dossiers de restauration du petit patrimoine communal, église, fontaine, lavoir, pont etc, en vue de l’obtention de subventions ainsi que sur tous les projets situés dans le périmètre de protection des monuments historiques et dans les sites.
Mais son rôle ne se limite pas au seul côté monument historique. D’autres missions visent le développement durable de l’espace, par une gestion économe du patrimoine naturel et culturel, particulièrement adaptée à la réalité du territoire :