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La Comédie de Clermont

Jean-Marc Grangier : "Il n’y a pas de spectacle qui demande d’avoir fait de grandes études"

Par Bertrand le 22 juin 2007

Nous avons organisé mardi soir un chat avec Jean-Marc Grangier, directeur de la Comédie de Clermont. Voici la transcription intégrale de cette rencontre.

Cyberbougnat : Bonjour à tous, bonjour Jean-Marc Grangier, nous allons débuter ce chat.

Cyberbougnat : Pouvez vous nous parler du prochain festival à suivre ?

Jean Marc Grangier : Le prochain festival sera légèrement modifié. Il sera recentré sur un seul lieu, la Maison de la Culture, avec moins de spectacle totalement finis, il y en aura quand même, mais avec aussi des répétitions, des extraits de scènes, des spectacles qui sont travaillés. J’aimerai aussi que les élèves du conservatoire préparent des choses. L’idée est d’avoir une ambiance plus festive et de favoriser vraiment les rencontres entre les artistes, les professionels et les publics. Mais ce sera toujours en mars prochain

Cyberbougnat : Combien de temps vous faut-il pour préparer une saison ?

Jean Marc Grangier : Bien un an. Il faut à peu près 1 an pour rencontre les artistes, parler avec eux de leurs projets et puis commencer à batir un programme.

Il faut tenir compte de beaucoup de choses à la fois. C’est aussi ce qui prend beaucoup de temps. Il faut trouver une idée directrice. La difficulté étant d’être décalé. Il faut essayer de faire quelque chose un avant qui sera ce dont on a envie dans un an

Il faut ensuite que les salles soient libres que le spectacle puisse venir. Il y a de nombreux détails à régler

Cyberbougnat : Vous avez donc commencé à préparer la saison 2008-2009 ?

Jean Marc Grangier : Oui j’ai commencé. Car il y a un rêve aussi, il faut rêver d’un projet. En même temps j’attends de voir des spectacles avec des spectateurs dans les salles pour voir leurs réactions. ça me guide aussi

Il faut une fraicheur au spectacle. Qu’il soit de ce moment là, du moment où les gens vont aller le voir. Mais cette fraicheur il faut l’imaginer un an à l’avance

Et puis un projet évolue. Il faut qu’une programmation surprenne, atirre les spectacteurs. Il faut une évolution d’une saison à l’autre sans dérouter le public. Toujours l’histoire du poète : "ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre autre"

Cyberbougnat : Pouvez vous nous en dire un peu plus sur vous Monsieur Grangier ? Votre parcours etc. Merci

Jean Marc Grangier : Je suis directeur de théâtre depuis 16 ans. Avant j’ai été comédien, metteur en scène, journaliste avant de trouver exactement ma place de médiateur qui est entre les artistes et le public

Mais il m’a fallu du temps pour comprendre que je n’étais pas un créateur. en tout cas pas un créateur du niveau pour produire des oeuvres du niveau de celles que je programme

La création demande vraimment de la pertinence, de la singularité, et une exigence pour être vraiment passionnante

Cyberbougnat : pouvez vous faire un point sur le lieu identitaire ?

Jean Marc Grangier : Olivier Bianchi, l’élu à la culture, nous a annoncé jeudi dernier que la Mairie avait confié au cabinet ABCD une étude pour définir le lieu d’implantation, le cahier des charges et une approche budgétaire. Donc ça veut dire que le dossier va être traité sérieusement

Il a aussi annoncé que les spectateurs, et en priorité les abonnés de la scène nationale, puissent faire part de leurs demandes, leurs rêves. Il y aura des réunions pour que les gens disent comment ils imaginent leur scène nationale

Ce serait intéressant d’avoir aussi des avis sur la restauration dans le lieu, la dimension des salles. Qu’ils nous disent ce qu’ils cherchent vraiment dans une scène nationale. Quant à moi, cela fait des années que ce rêve est nourri et les idées sont prêtes à s’exprimer

Maintenant le directeur de l’association a dit que c’est formidable de rêver et qu’il n’y a rien de pire qu’un rêve brisé.

Cyberbougnat : Pouvez vous nous parler des spectacles de la saison prochaine ?

Il y aura autant de spectacles de théâtre que de théâtre de danse avec une forte présence d’artistes internationaux puisque l’on accueillera des artistes venus du Cambodge, Japon, Chili, Italie, Mozambique, Belgique, Allemagne

La programmation passera du format grand spectacle à des rapports beaucoup plus intimistes. Ce jeu là on va le retrouver tout au long de l’année

En danse on aura le nouveau spectacle de Philippe Découflé : Sombrero. Une création de Carolyn Carlson et deux spectacles de Jean-Claude Gallotta. Un spectacle de Wim VandeKeybus, formidable chorégraphe qui a au début des années 90 amener une nouvelle énergie sur scène

Nous aurons aussi le Ballet Royal du Cambodge. Une nouveauté est qu’à partir de cette saison nous avons deux artistes associés avec lesquels on travaillera plusieurs années comme le chorégraphe Frank Micheletti de la compagnie Kubilai Khan Investigations. Avec lui on organisera une grande fête pour l’ouverture de saison le samedi 13 octobre qui démarrera vers 15h00 pour finir... 12 heures plus tard. Elle se déroulera l’après midi à l’école d’art et le soir à la Maison de la Culture

En théâtre c’est le retour de Pippo Delbono, une création Wajdi Mouawad où il sera auteur, acteur et metteur en scène. Le roi Lear de Shakespeare qui sera créé en juillet au festival d’Avignon. Et puis 2 pièces de Jean-Luc Lagarce. L’une mise en scène par Cédric Veschambres, compagnie installée à Cournon. Et l’autre par un jeune metteur en scène, Rodolphe Dana, grande découverte de cette saison. On aura aussi mis en scène par lui Oncle Vania de Tchekhov

Et puis deux spectacles de Mauricio Celedon plus connu comme metteur en scène de théâtre de rue.

Et en musique nous aurons aussi une compositrice associée qui s’appelle Kaija Saariaho. Avec elle et autour de son oeuvre nous avons préparé 4 concerts dont un avec l’orchestre d’auvergne, un autre avec un choeur d’enfant finlandais extraordinaire qui se produira juste avant Noël, l’intégrale de son oeuvre pour violoncelle. Et pour finir la saison un hommage à Olivier Messiaen

Cyberbougnat : Gardez vous un contact régulier avec les artistes qui sont venus à la comédie ?

Jean Marc Grangier : Oui il y a un lien qui se crée et qui s’entretien avec les artistes que nous programmons et ils sont même plutôt demandeurs une fois qu’ils ont connu l’accueil de l’équipe de la Comédie et l’attention du public clermontois

Pippo Delbono, par exemple, était un peu déçu de ne pas venir l’an dernier. Comme les publics qui m’ont dit un peu déçus "oh, il n’y a pas Pippo Delbono"

Par exemple aussi, Wajdi Mouawad qui a l’embarras du choix des salles pour présenter son spectacle, privilégie les lieux et les publics avec lesquels il se sent en affinité. Le spectacle avec lui ne tournera pas beaucoup avec lui comme acteur. Il sera remplacé par un acteur. Mais les premières dates nous sommes heureux qu’il aie choisi Clermont. Il y a un lien, je vais aller voir des répétitions, mais ce n’est pas qu’un lien avec moi. Quand je les voies seul dans d’autres villes, ils demandent des nouvelles de l’équipe et de Clermont

C’est ce qui fait aussi que les représentations qu’ils donnent à Clermont sont particulièrement réussies. Parce qu’ils ont envie de donner le meilleur d’eux même. C’est arrivé plusieurs fois que les administrateurs qui suivent les tournées nous disent "vous avez eu les meilleures représentations à Clermont-Ferrand pour tel ou tel spectacle".

Cyberbougnat : pourquoi avoir changé les supports de communication ?

Jean Marc Grangier : Il ne faut pas de lassitude. Il faut toujours étonner et séduire, donc il faut aussi parfois changer de tenue. Cela faisait 5 ans que l’on déclinait la même communication et on a eu envie de changer tout en gardant l’esprit, notamment avec les dessins. Avec nos graphistes, Antoine et Manuel, on a travaillé sur l’idée du carnet de dessins qui est comme un objet d’artistes mais où les dessins sont faits au feutre. Donc ce n’est pas intimidant, donc chacun peut se l’approprier, rajouter des dessins, des stickers, le faire dédicacer... cela peut devenir comme un carnet de voyage à travers la saison.

C’est agréable de voir comment les premiers spectateurs se sont emparés de ce document, s’en sont apparés tout de suite.

Cyberbougnat : Pour conclure, avez vous un message particulier à adresser ?

Jean Marc Grangier : Il faut venir prendre ses places dès maitenant. La souscription aux abonnements a ouvert aujourd’hui et il faut venir. Le coup moyen pour une place est de 9 euros, on fait des facilités de paiement, on change les billets quand vous ne pouvez pas venir un soir... c’est plus intéressant d’être abonné. Il y a aussi des réductions dans d’autres lieux

Il faut profiter de tout ce qui est là : les artistes sont là, ont envie d’échanger avec les auvergnats. On a besoin des artistes et les artistes ont besoin de nous. Surtout dans le monde d’aujourd’hui

Il faut que les gens viennent car c’est accessible. Il n’y a pas de spectacle qui demande d’avoir fait de grandes études. La culture que je défends est une culture qui est à notre niveau. Je veux vraiment que quelque chose se passe quand les gens ont fait l’effort de venir dans la salle.

Cyberbougnat : Merci d’avoir participé à ce chat !

Jean Marc Grangier : Et la prochaine fois on fera une nocturne...

Les abonnements à la Comédie de Clermont ont débuté cette semaine. Programme complémentaire et infos sur les abonnements

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